« Si on lance de l’eau, ça devient une patinoire » : Les dangers de l’hiver pour les pompiers

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Nuit et jour, il y a toujours quatre pompiers prêts à intervenir à la caserne de Jonquière. Photo : Virgile REVELLE

Nuit et jour, il y a toujours quatre pompiers prêts à intervenir à la caserne de Jonquière. (Photo : Virgile Revelle)

Au sein d’une bâtisse construite il y a presque trente ans, les pompiers de Jonquière veillent sur la population. Cependant, lorsque l’hiver saguenéen s’installe, certaines précautions sont importantes. Les soldats du feu s’adaptent pour faire face aux risques liés au froid.

« Sauvetage sur glace, feux de cabanes et accidents de ski-doo » : voici les différentes interventions que les pompiers de Jonquière ne vivent que l’hiver. « Je crois qu’on est un des seuls pays au monde à se rendre sur la glace pour éteindre des feux [de cabanes à pêche] », dit en souriant Julien Levesque, en exercice depuis huit ans à Saguenay. Pour le sauvetage sur glace, les pompiers sont équipés de combinaisons totalement étanches. Ils sont donc capables de s’immerger sans sentir la moindre goutte.

Le chef de garde se souvient d’un sauvetage effectué à la rivière aux sables il y a quelques années. « Un chien s’est aventuré sur la glace et il est passé à travers. Un homme a tenté de le secourir mais il s’est retrouvé dans l’eau également. Grâce à la rapidité de l’appel et de l’intervention, ils ont pu être sauvés », raconte Sébastien Lapointe, pompier depuis 27 ans.

Le gel du matériel

Au cours d’un incendie, les professionnels du feu manipulent de grandes quantités d’eau. « C’est déjà arrivé que la circulation [ensemble du circuit d’eau] gèle entièrement sur intervention », indique Sébastien Lapointe. Pour rappel, un seul tuyau mesure entre 50 et 100 pieds, lors d’un feu, les pompiers en assemblent plusieurs. « Dans ces cas-là, il n’y a rien à faire soit on les coupe en petits morceaux soit on attend le dégel au printemps », ajoute Julien Levesque. De mémoire de pompier, le chef sait qu’une fois cette situation est arrivée sur le camion échelle qui était resté déplié. Au Québec, ces échelles peuvent atteindre 137 pieds de hauteur.

Concernant la manipulation directe de l’eau, il faut faire très attention. « Si on lance de l’eau, ça devient une patinoire », signale Julien. Cette situation peut vite créer un « sur-accident » ou empêcher la circulation des automobilistes à proximité, détaille Sébastien. Au cœur de l’incendie, les pompiers se retrouvent mouillés. « Tous nos habits gèlent au complet. On se retrouve souvent avec trois, quatre pouces de glace sur notre tenue », révèle Yan-Olivier Boudreault, en poste depuis un an.

La tenue complète du pompier comprend trois couches de vêtements pour se protéger du feu. Photo : Virgile REVELLE

La tenue complète du pompier comprend trois couches de vêtements pour se protéger du feu. (Photo : Virgile Revelle)

De l’entretien et des précautions

Pour prévenir le gel du matériel, les pompes à incendie et toute la tuyauterie sont automatiquement drainés. Les boyaux sont aussi alcoolisés. L’objectif est qu’il ne reste plus une seule goutte d’eau après leur utilisation. Tout gel pourrait compromettre leur utilisation. Une fois en caserne, le matériel est rincé à l’eau chaude et stocké dans une tour pour qu’il sèche. Le service incendie de Saguenay a aussi dû changer le modèle des appareils respiratoires isolants il y a quelques années. Ces outils possèdent un circuit fermé. Ils permettent au soldat du feu de respirer dans différents types de fumées. Or, le précédent modèle gelait fréquemment en hiver compromettant totalement la sécurité des professionnels.

Durant les temps de blizzard, les pompiers peuvent intervenir sur des accidents de la route plus importants. Les conditions hivernales affectent aussi la conduite des sauveteurs. Pour s’assurer d’arriver sur intervention, ils doivent conduire prudemment. « La conduite de véhicules lourds est problématique. Les routes se transforment en patinoire », termine Sébastien Lapointe.

 

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