Quand un chiffre devient un jugement : la tendance du body count

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En 2023, l’influenceur français Stéphane Édouard a affirmé sur TikTok, que « si une femme avait un body count élevé, c’est parce que personne n’avait voulu de relation sérieuse avec elle ». (Photo : Margaux Lamy) 

Et si la valeur d’une personne se résumait à un chiffre ? Ces dernières années, le terme body count a créé une certaine pression sociale. Il peut provoquer de la honte, de l’anxiété et même des tensions dans les relations. 

Le terme body count, traduit par « décompte de corps », signifie d’abord le nombre de victimes lors d’un conflit ou d’une catastrophe. À l’ère des réseaux sociaux, il se définit comme le nombre de partenaires sexuels qu’une personne a pu avoir. 

Cette tendance s’est largement amplifiée avec la plateforme TikTok, avec près de 81 900 vidéos contenant le #bodycount. La première vidéo établit un classement et attribue un statut en fonction du nombre de partenaires sexuels. Une personne ayant eu deux partenaires serait considérée comme « respectable », tandis qu’entre 16 et 20 partenaires, elle est dite « expérimentée ». 

Plusieurs internautes, majoritairement âgés de 13 à 17 ans, ont commenté leur body count sous cette vidéo. (Photo : capture d’écran Tik Tok) 

Selon ce baromètre, l’influenceuse québécoise Lysandre Nadeau serait considérée comme « folle furieuse ». Sur la chaîne Youtube « Prends Un Break », en 2022, cette dernière avait dévoilé son body count.  

Une annonce que la sexologue et psychothérapeute, Lolita Frésard, n’a pas nécessairement approuvé. « Le problème, ce n’est pas qu’elle s’exprime sur sa sexualité, mais plutôt qu’elle banalise ce chiffre. Elle devrait se servir de sa notoriété pour éduquer les internautes », atteste-t-elle. 

« Certaines personnes, notamment les jeunes, ressentent une pression concernant ce chiffre et vont se dire “je n’ai pas couché avec assez de partenaires”, explique la professionnelle de santé. Les individus se forcent à avoir des relations sexuelles, pour paraître “normaux”, même si ce n’est pas forcément leur rythme. » 

La membre de l’ordre professionnel des sexologues du Québec, Lolita Frésard, établit un lien entre le terme body count et un retour aux valeurs traditionnelles, avec la montée de l’extrême droite. (Photo : courtoisie) 

Cette notion correspond à la désirabilité sociale qui se définit comme la tendance des individus à se présenter de façon favorable devant d’autres individus en fonction de certaines normes sociales établies. 

Une Chicoutimienne a accepté de témoigner pour La Pige. « Il m’est déjà arrivé d’avoir une relation avec un homme juste pour augmenter mon chiffre. Après cet acte, je ne me sentais ni triste ni heureuse. Je suis assez indifférente », raconte-t-elle. 

Le sexe est alors ramené à la performance. En 2025, Bonnie Blue, une actrice de films pornographiques, a eu des relations sexuelles avec 1057 hommes en 12 heures dans le but d’établir un record mondial. Un défi qui a fasciné autant qu’il a divisé, d’autant plus qu’il s’agit d’une femme.  

Les femmes, premières visées de cette tendance 

Selon Lolita Frésard, le body count est perçu différemment selon le genre. « C’est le concept de double standard. Une femme, si elle a beaucoup de partenaires, c’est une prostituée, mais cela voudra aussi dire qu’elle est un bon coup. Si elle en a trop peu, alors elle n’est pas assez expérimentée ou elle se préserve trop », expose la sexologue. 

La professionnelle de santé accueille régulièrement des patientes bouleversées par des commentaires sur leur passé sexuel. « Ce sont des propos violents, elles se font insulter par leurs partenaires. Ça laisse des marques », confie-t-elle. Elle les accompagne dans leur guérison et tente de leur faire comprendre que cela a pu impacter, à un moment donné, leur sexualité ou leur rapport à leur corps. 

Même si cette pression touche majoritairement les femmes, certains hommes sont aussi concernés. 

« Le terme body count a toujours existé » 

Il y a quelques années, Lolita Frésard avait étudié la façon dont l’éducation sexuelle était autrefois enseignée aux États-Unis. « On nous avait montré une vidéo dans laquelle une éducatrice collait puis décollait un morceau de scotch sur son poignet. Il perdait graduellement de son adhérence et elle comparait cela à une femme ayant eu plusieurs partenaires, raconte cette dernière. Le terme body count a toujours existé. On le nommait juste différemment. C’est un vieux propos sexiste. »  

Lolita Frésard tient tout de même à préciser : « Si une personne vient à juger ce chiffre, alors ce n’est pas le bon partenaire avec qui développer une sexualité saine. » 

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