La musique, miroir des luttes sociales et tribune politique

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Durant cette 60ᵉ édition du Super Bowl, un message affiché « La seule chose plus puissante que la haine, c’est l’amour » a été relayé en masse sur les réseaux sociaux. Une protestation face à la politique de Trump. (Photo : Patrick T. Fallon Agence France-Presse) 

La musique a toujours été politique, comme l’explique la professeure en musicologie et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en musique et politique, Marie-Hélène Benoit-Otis. La mi-temps du Super Bowl assurée par Bad Bunny en est un exemple fort. La musique rassemble, revendique et est porteuse de message depuis l’Antiquité grecque jusqu’à nos jours. 

La musique joue un rôle primordial dans notre société : « Ça a toujours été important, et plus particulièrement en ce moment, parce que c’est une façon qu’on a, en tant que population, de transmettre des messages et de montrer qu’il y a une opposition qui existe et qu’elle est unie », ajoute Mme Benoit-Otis. Pour Émile Bilodeau, auteur-compositeur-interprète, il est aussi nécessaire que les artistes soient engagés : « Oui, c’est nécessaire d’être militant. » Il parle ici de « militer pour l’humain ». 

L’art est politique, car c’est un outil puissant pour transmettre des messages. À travers l’histoire, la musique a porté des combats sociaux. Par exemple, en 1989, lors de la chute du mur de Berlin, la professeure explique que la chanson Wind of Change de Scorpions, qui n’était pas forcément politique à l’origine, est devenue un hymne de réunification. « La chanson n’a pas changé le monde, mais le monde a changé la chanson. » 

On peut aussi constater l’implication politique de la musique aujourd’hui avec Bad Bunny, qui a animé une performance uniquement en espagnol lors du Super Bowl, la mi-temps la plus regardée de l’histoire de l’événement, dans un contexte de politiques anti-immigration aux États-Unis. Cette performance contenait de nombreux symboles politiques, subtils mais compréhensibles. 

Plus localement, au Québec, le mouvement OUI Québec, qui prône un Québec libre, utilise aussi la musique, massivement partagée sur les réseaux sociaux, pour promouvoir l’indépendantisme, un courant qui revient en force chez les jeunes. 

Mme Benoit-Otis reconnaît qu’être engagé peut créer une pression pour les artistes : « Avec la tribune musicale souhaitée vient aujourd’hui une tribune politique non désirée. » (Photo : Facebook Marie-Hélène Benoit-Otis) 

Entre récupération politique et responsabilité artistique

La musique est un outil puissant pour transmettre des messages car, contrairement au texte ou à l’art pictural, elle est interprétable, ajoute Mme Benoit-Otis. Dans le cas de Wind of Change, c’est le peuple qui a fait en sorte que cette chanson devienne politique. Durant le Troisième Reich, les nazis se sont servis de Mozart pour diffuser leur idéologie. Aujourd’hui encore, plusieurs partis politiques utilisent la musique d’artistes pour promouvoir leurs actions. Par exemple, Donald Trump a utilisé la chanson Y.M.C.A. lors de ses rassemblements, ou encore d’autres chansons pour appuyer sa politique anti-immigration sur les réseaux sociaux, en interprétant les paroles à son avantage. 

Pour Émile Bilodeau, les artistes ont un réel rôle à jouer et une responsabilité en tant qu’artistes. Il explique que c’est un grand privilège d’avoir un auditoire et qu’il faut en faire bon usage. Il reconnaît toutefois qu’être « militant implique des sacrifices ». Certains préfèrent rester loin de la politique, soit parce qu’ils se considèrent neutres, soit pour éviter de perdre des opportunités. 

Émile Bilodeau se décrirait comme un artiste militant plutôt qu’engagé, car « il n’y a rien à gagner en prenant parti. » (Photo : Facebook Emile Bilodeau)  

Pour Mme Benoit-Otis, « il est impossible d’être neutre ». Elle ajoute qu’avec l’art, on ne peut pas faire abstraction de la société. Selon elle, on peut tenter de se tenir loin de la politique, mais elle finira par « s’occuper de toi ». Elle évoque l’exemple du John F. Kennedy Center, devenu un symbole politique sous l’ère Trump : les lieux eux-mêmes deviennent politiques. Ainsi, même si les œuvres d’un artiste ne sont pas engagées, le choix de performer dans certains lieux peut le devenir. 

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