Pêche blanche : le danger du monoxyde de carbone

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Même les tentes, qui sont souvent mieux aérées, peuvent abriter une forte concentration en monoxyde de carbone. Photo : Virgile Revelle

Même les tentes, qui sont souvent mieux aérées, peuvent abriter une forte concentration en monoxyde de carbone. Bernard en sait quelque chose, il a sauvé un pêcheur récemment. Photo : Virgile Revelle

L’intoxication au monoxyde de carbone est un vrai danger en hiver lorsque les personnes cherchent à se chauffer. Les lieux de pêche blanche n’ont toujours pas l’obligation d’utiliser un détecteur. Ce qui expose les pêcheurs à un risque mortel.

« Le pauvre monsieur était couché sur une chaise dans sa petite tente avec justement une petite chaufferette au propane qui libérait du monoxyde de carbone (CO). Quand on a essayé de le réveiller, il était tellement abasourdi que si on arrivait 10 ou 15 minutes plus tard, il n’y aurait eu plus rien à faire avec lui », raconte Bernard, pêcheur sur glace. L’homme de 71 ans pêche depuis 50 ans. Bien qu’il n’utilise pas personnellement de détecteur, il connaît les dangers du gaz. Encore l’année dernière, il a aidé un pêcheur intoxiqué au CO.

« Nous recensons quelques dizaines de cas d’intoxication dans la région dans les années les plus calmes », signale Sébastien Poirier, agent de planification de programmation et de recherche au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ces chiffres sont largement « sous-estimés » d’après lui. « Les personnes qui s’intoxiquent de manière légère ne se présentent pas à l’hôpital », explique-t-il.

Cabanes du village sur glace de Grande-Baie. Photo: Virgile Revelle

Cabanes de pêche à Grande-Baie sur la rivière Saguenay. (Photo: Virgile Revelle)

« Une recommandation mais pas une obligation »

Tout appareil de chauffage à combustion utilisant du gaz, de l’essence ou même du bois peut produire du monoxyde de carbone lorsqu’il est mal utilisé ou défectueux. En hiver, le risque explose à cause du besoin de se chauffer. Au Québec, il est obligatoire d’installer des détecteurs dans les habitations et les milieux de travail. Le problème est que pour les cabanes à pêche, « ce n’est qu’une recommandation mais pas une obligation », détaille l’agent de recherche. Néanmoins, l’installation d’un détecteur est « la seule façon de se prémunir contre une intoxication parce qu’on ne s’en rend pas compte. Le gaz est incolore et inodore », signale le spécialiste.

« Ça fait vraiment très mal »

Carol est pêcheur sur glace depuis 30 ans. Bien qu’il n’utilise pas de détecteur pour l’instant dans sa cabane, il trouve que ça devrait être obligatoire. Cela lui aurait sans doute évité de s’intoxiquer. « Il y avait un chauffage au propane dans la cabane, aucun détecteur et aucune ventilation. C’était avec un ami. Son père est arrivé et nous a réveillés. J’avais la face complètement pâle. Ça m’a pris quasiment une heure pour me remettre de ça. Et puis ça fait très mal, vraiment très mal », se souvient-il. Depuis, il fait attention au moindre signe d’intoxication.

Carol s’est intoxiqué une deuxième fois dans sa vie. Sans détecteur de monoxyde de carbone, il a rapidement senti un mal de tête monter. Il est alors sorti pour y mettre fin. Photo : Virgile Revelle

Carol s’est intoxiqué une deuxième fois dans sa vie. Sans détecteur de monoxyde de carbone, il a rapidement senti un mal de tête monter. Il est alors sorti pour y mettre fin. (Photo : Virgile Revelle)

« Jusqu’à la mort »

Les symptômes sont multiples. « Il y a des maux de tête, des nausées, des vomissements, des étourdissements. Mais aussi de la paralysie musculaire, c’est-à-dire des problèmes de coordination des mouvements. Cette paralysie va empêcher la personne de quitter les lieux puis après il peut survenir une perte de conscience. Dans les deux derniers cas, c’est lorsqu’il y a une intoxication au monoxyde de carbone qui est plus importante. Ça peut mener jusqu’à la mort », prévient Sébastien Poirier. Même après traitement, « l’intoxication peut entraîner des séquelles permanentes comme des migraines chroniques, des troubles neurologiques pouvant causer des problèmes de coordination ainsi que des changements d’humeur », continue le professionnel du CIUSSS.

La présence de détecteurs de CO à l’intérieur des cabanes du Saguenay augmente tous les ans, notamment grâce à la présence des pompiers du service de sécurité de Saguenay, qui sensibilisent les mordus de la pêche. « En 2014, moins de 30 % des cabanes de pêche, qui en avaient besoin, possédaient un détecteur de monoxyde de carbone. Début 2026, c’est environ 70 % des cabanes qui en avaient un », termine Sébastien Poirier. Il espère qu’un jour tous les pêcheurs, qui se chauffent grâce à une combustion, utilisent un détecteur de CO au Québec.

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