Comprendre le fonctionnement du cerveau pour mieux apprendre : l’approche innovante d’une enseignante de 2e année

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Dans une classe de 2e année du primaire, les élèves ne font pas que lire et compter : ils apprennent aussi comment fonctionne leur cerveau. Une approche inspirée des neurosciences qui pourrait transformer leur rapport à l’apprentissage.

Dans sa classe, Geneviève Lasnier a choisi de rendre l’invisible visible. L’enseignante de 2ᵉ année explique à ses élèves des concepts comme l’attention, les neurones et la neuroplasticité afin d’expliquer les rouages de l’apprentissage et de réduire l’anxiété face aux difficultés scolaires.

Son déclic est survenu après une conférence du neuroscientifique Steve Masson. « Je suis tombée en amour avec le concept des neurosciences », raconte-t-elle. Elle souhaitait surtout répondre à une réalité bien présente en classe. « Il y a beaucoup d’enfants qui manifestent un manque de motivation […] qui se disent qu’ils ne sont pas intelligents. »

La classe de 2ᵉ année de Geneviève Lasnier, où des notions de neuroplasticité et d’attention sont intégrées aux apprentissages réguliers des élèves. (Photo : Geneviève Lasnier)

 

Une métaphore qui parle aux enfants

Pour vulgariser la neuroplasticité à des élèves de 7-8 ans, l’enseignante utilise des images concrètes. « Je fais beaucoup l’analogie de la forêt et des chemins », explique-t-elle. Plus un chemin est emprunté, plus il devient facile à parcourir, exactement comme les connexions neuronales qui se renforcent avec de l’entraînement.

Une activité avec miroir illustre bien ce phénomène. Les élèves doivent tracer une ligne en regardant seulement le reflet de leur main. Résultat : la première tentative est chaotique, mais la quatrième devient rapide et précise.

« Ils me le disent spontanément : “J’ai fait full connexions” », rapporte Geneviève Lasnier, qui voit dans cet exercice une façon concrète de rendre l’apprentissage visible pour les jeunes.

Page couverture d’un atelier de neuropédagogie conçu pour aider les enseignants à vulgariser le fonctionnement du cerveau auprès des élèves du primaire. (Photo : Carolane Dubé-Bistodeau, enseignante au préscolaire)

Un levier de motivation

Selon la neuropsychologue Anaëlle Audebert, l’approche est pertinente dès le primaire. « C’est très, très pertinent […] 7-8 ans, c’est un très bon âge », affirme-t-elle. Elle explique que comprendre le fonctionnement du cerveau rend l’élève plus actif dans ses apprentissages, notamment parce qu’il comprend mieux ce qu’on attend de lui. « Toutes les études en neurosciences montrent que la posture active d’apprentissage est la meilleure », souligne la spécialiste. En rendant les stratégies mentales plus explicites, l’enfant développe sa capacité d’autorégulation et se sent davantage en contrôle de ses progrès.

En classe, Geneviève Lasnier observe déjà des effets concrets sur plusieurs élèves. « Les élèves en difficulté […] se rendent compte qu’il faut juste qu’ils se pratiquent un peu plus que les autres. » Elle se souvient notamment d’un élève très faible en lecture pour qui la démarche a été révélatrice : sa motivation et ses résultats ont augmenté, une progression également remarquée en orthopédagogie.

Selon l’enseignante, cette compréhension réduit aussi le sentiment d’échec chez plusieurs jeunes, qui réalisent que leurs capacités peuvent évoluer avec la pratique.

Des conditions à respecter

L’approche demande toutefois un investissement important de la part des enseignants, notamment en temps de lecture et de préparation. « Ça demande quand même du temps […] de se préparer », prévient Geneviève Lasnier.

La neuropsychologue Anaëlle Audebert met aussi en garde contre certaines dérives possibles, surtout lorsque des formations ou des approches en neuropédagogie ne reposent pas sur des bases scientifiques validées. Elle rappelle que l’intégration des neurosciences en classe doit s’appuyer sur des programmes structurés et reconnus.

Malgré ces défis, le message transmis aux élèves reste simple et puissant. Pour Geneviève Lasnier, l’essentiel tient en une idée : « Apprendre, c’est créer de nouvelles connexions dans le cerveau. »

Le livre Les neurosciences au service de la pédagogie, une ressource utilisée par Geneviève Lasnier pour mieux comprendre les mécanismes de l’apprentissage chez les jeunes élèves. (Photo : Chenelière Éducation)

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