Décrochage sportif : des sacrifices en vain ?

Share:

« On dirait qu’avant toutes les pratiques, j’avais une espèce de boule en moi qui me disait que je n’avais pas le goût d’y aller. », dit Xavier, un ancien étudiant-athlète. (Photo : Félix Laberge)

Au cégep, les étudiants-athlètes doivent concilier études, entraînements et parfois, travail à temps partiel. Pour la majorité, le sport demeure un moteur dans cette période cruciale de leur vie.  Pour d’autres, cette passion, née dans l’enfance, s’éteint en cours de route. Plusieurs causes peuvent expliquer ce décrochage. 

Après des années à jouer au basketball, Xavier * un ancien étudiant-athlète, a choisi d’arrêter en pleine saison. La « goutte de trop » ? Ne plus voir ses efforts récompensés. Celui-ci n’avait pas le temps de jeu espéré, une situation auquel il ne s’attendait pas malgré l’arrivée des recrues en début de saison.  

Peu à peu, sa motivation s’effritait. « Avant, je me donnais et je voyais que mes efforts étaient récompensés. Puis, cette année, en essayant toujours de me prouver, ça me démoralisait », déclare l’ancien joueur collégial.  

Ce qui était une passion devenait une source de stress. « Ça me faisait plus de mal que de bien. » Il admet avoir retrouvé un certain équilibre depuis ce changement soudain.  

Son histoire illustre un facteur majeur dans la perte de motivation : le temps de jeu. Au collégial tout comme à l’université, le calibre augmente et la compétition tout autant. Les athlètes travaillent sans relâche sans pour autant voir leur rôle et leurs responsabilités grandir. Lorsque ces sacrifices, tels que les entraînements quotidiens, les fins de semaine loin de chez soi et la vie sociale réduite ne semblent pas récompensés, une question s’impose : est-ce que ça en vaut la peine ?

Un portrait nuancé 

François Laberge est avec l’organisation des Gaillards depuis 2007. (Photo : Félix Laberge)

Le directeur-sportif du Cégep de Jonquière, François Laberge, mentionne que les abandons en pleine saison sont rares. C’est plutôt, à l’inverse, une décision de l’établissement scolaire de mettre à l’écart ses sportifs afin qu’ils répondent aux exigences académiques. Pour pouvoir pratiquer un sport, un étudiant-athlète doit réussir un nombre minimal de cours, soit trois à l’hiver et huit dans l’année. 

M. Laberge témoigne que la réalité financière demeure aussi un facteur de taille. « Ceux que j’ai vus dans les dernières années, ils lâchent à cause de problèmes financiers. Ils ne sont pas capables de subvenir à leurs besoins, donc ils sont obligés de travailler 25 heures par semaine. Le sport ne rentre plus là-dedans, avec leur réussite scolaire », déplore-t-il.  D’autres changent de programme ou se dirigent vers un DEP, devant mettre à l’écart, de ce fait, leur implication au sein d’une équipe.

Les cégeps, cependant, disposent de ressources, comme les responsables de la réussite, qui interviennent rapidement en cas de difficulté : tutorat, centres d’aide, services adaptés, etc. Sur le plan sportif, M. Laberge plaide pour un temps de jeu plus équitable jusqu’en secondaire 5, afin de favoriser le développement et le plaisir avant la performance. 

« Ma philosophie d’entraîneur est claire, quand ce sont des niveaux inférieurs, le temps de jeu devrait être obligatoire », s’exclame le directeur-sportif. Même s’il est conscient qu’au collégial, la compétition fait partie du jeu, il est d’avis qu’une communication transparente des attentes entre les joueurs et les entraineurs peut atténuer ce découragement. 

* L’étudiant a préféré rester anonyme  

Share: