L’intelligence artificielle est-elle une opportunité ou une menace pour l’enseignement ?

376
0
Share:

Depuis le lancement du premier robot conversationnel « d’OpenAI » en novembre 2022, l’intelligence artificielle a complètement chamboulé le système d’éducation post-secondaire. Face à son usage de plus en plus courant, les professeurs sont obligés de repenser leur manière d’enseigner.

Loan Huard

Un récent sondage panquébécois, sorti le 28 janvier dernier et réalisé par Radio-Canada, montre comment les étudiants utilisent l’IA dans le cadre de leurs études. Sur 600 étudiants de plus de 16 ans, 71% ont adopté ses services de façon régulière. Les raisons de son utilisation varient : recherche d’information, aide à l’inspiration, aide à la révision, amélioration d’un texte ou d’une structure…

Malgré tout 71% pensent que son utilisation met en danger l’intégrité académique et les deux tiers d’entre eux jugent que la fiabilité des réponses est faible.

« Il y a un délestage cognitif »

Les professeurs sont alors contraints de s’adapter et de revoir leurs méthodes d’enseignement. Pour les étudiants, l’usage permanent de cet outil comporte des risques de délestage cognitif. S’habituer à son utilisation limite la réflexion et la pensée critique.

Face aux risques, l’oral est priorisé, les examens sur feuille sont favorisés et la confrontation de l’étudiant, envers son propre travail, permet de savoir si le sujet est maîtrisé ou non.

Fannie Achard enseigne la philosophie au Cégep de Jonquière. Elle insiste sur le fait que c’est une problématique qui ajoute un travail de vérification supplémentaire aux enseignants. « J’ai tenté de l’utiliser pour des exercices assez simples, genre des exercices de logiques. C’est truffé d’erreurs. Finalement, j’ai fait quatre fois plus de travail en corrigeant l’atelier qu’il m’avait proposé que si je l’avais fait par moi-même. »

Selon elle, l’utilisation de l’IA traduit un manque de confiance en soi. « Je pense qu’il y a beaucoup d’étudiants qui l’utilisent parce qu’ils sont insécures de leur propre capacité et c’est dommage parce que si tu utilises cet outil-là, tu ne seras jamais fière de ton travail. »

Nicole Monney, professeur au département des Sciences de l’Éducation de l’UQAC, assure qu’il faut revoir les méthodes d’évaluation. « Il faut varier les travaux, varier les façons d’aller chercher pour amener l’étudiant à quand même mémoriser, essayer de comprendre, restructurer, synthétiser, évaluer ce qu’il comprend. […] Le risque que l’étudiant fasse faire le travail par l’IA, il est là. Il faut réfléchir à nos travaux vraiment différemment. »

« C’est un outil qui est vraiment intéressant »

Nicole Monney mentionne, cependant, que l’intelligence artificielle peut être perçue comme une opportunité, pour les étudiants, d’approfondir leur apprentissage. Elle permet la rétroaction, l’entraînement, le travail de notes, la mise en place de techniques de révision ou de pratiques pour un examen.

« Ça peut amener l’étudiant à apprendre beaucoup plus qu’avant, donc il y a comme deux revers à cette histoire. […] Moi, je pense qu’il faut l’utiliser. Il faut l’utiliser de façon éthique avec une certaine sobriété. »

Nicole Monney participe au Partenariat Université sur la Prévention du Plagiat (PUPP). Un partenariat qui confronte des centaines d’étudiants et d’enseignants à cette problématique. L’organisme met en place des mises en situation de rédaction filmée, qui permettent d’observer comment est utilisé l’intelligence artificielle.

« C’est très difficile de déceler si un travail a été fait par l’IA ou pas »

Le ministère de l’Éducation assure que le gouvernement met en place diverses actions “pour accompagner le réseau scolaire dans l’intégration de l’IA” et que le développement de la compétence numérique des élèves fait partie des missions de l’école québécoise. (Photo : Loan Huard)

Peu de ressources sont disponibles pour réguler ou restreindre son utilisation par les étudiants. Fannie Achard et Nicolle Monney assurent qu’il est impossible de s’assurer à 100% qu’un texte a été généré ou non. Le milieu de l’enseignement juge que le gouvernement est en retard à ce sujet.

Deux documents sont sortis en août 2025 dans le but de guider les établissements d’enseignement dans leur déploiement et leur intégration responsable et sécuritaires de l’IA. Parmi eux, un cadre de référence qui souligne « l’importance de démocratiser l’IA », ainsi qu’un guide pratique à l’intention des établissements d’enseignement.

Share:
Avatar photo