Monteurs vidéo: dans l’ombre des créateurs de contenu

Pour le court-métrage La première fois d’Adam Paradisio, Samuel a consacré trois semaines au montage. (Photo : courtoisie)
Pression, surcharge de travail et heures impayées : le métier de monteur vidéo pour les créateurs de contenu québécois demeure largement méconnu, malgré son rôle capital dans l’industrie de l’audiovisuel.
Samuel Blais a commencé le montage à l’âge de 11 ans, après avoir lancé sa chaîne YouTube.
« Je faisais mes vidéos et mon montage. J’expérimentais, je touchais à plein de choses, explique le jeune homme de 21 ans. Je me suis dit que j’aimais tellement ça qu’il fallait que ça devienne mon métier. »
Au début de sa carrière dans l’audiovisuel en 2024, il était prêt à tout pour se bâtir une réputation. Il a donc accepté chaque opportunité pour s’améliorer et prendre de l’expérience, sans parfois tenir compte de la charge de travail excessive.
« Je travaillais 120 heures par semaine pour un influenceur connu au Québec, confie Samuel. Je ne comptais pas mes heures, mais après sept mois, j’ai fait un épuisement professionnel. Ce n’était vraiment pas sain. »

Samuel a gradué en Art et technologie des médias en 2024 (Photo : courtoisie)
Selon lui, le métier de monteur est extrêmement chronophage et il exige une concentration totale.
« Le montage, c’est comme un examen, souligne-t-il. Dès que tu es déconcentré un petit peu, ça prend plus de temps. Il faut que tu mettes toute ta tête là-dedans. »
Il explique également qu’un des problèmes avec le montage est la gestion autonome du temps.
« C’est toi qui choisis si tu termines tout en une journée ou si tu étales ton travail. Dès que tu as des moments où tu ne montes pas, tu te sens mal parce que tu penses seulement au montage que tu pourrais faire. J’ai toujours le montage dans la tête. »
Le montage et l’algorithme
L’algorithme constitue un enjeu important et doit être pris en compte lors de chaque montage.
« On pense tous qu’on travaille pour un robot et que c’est très aléatoire, mais en réalité, l’algorithme est très conceptualisé, parce qu’il ne fait qu’enjoliver le comportement humain. Si ta vidéo fonctionne, c’est parce que les gens vont aimer. »
Pour sa part, monteur depuis huit ans, Renaud Caya a également travaillé pour quelques créateurs de contenu québécois, comme le youtubeur Shahin. Il explique notamment la distinction entre un montage destiné à TikTok et un autre conçu pour YouTube.
« Ce sont deux manières complètement différentes d’approcher le contenu. Lorsque je monte un Tiktok, je me demande comment attirer la personne le plus tôt possible, tandis que pour Youtube, il faut créer un lien avec ta communauté », affirme-t-il.
Il faut se demander comment le montage peut mettre en valeur la personnalité du youtubeur. « C’est vraiment plus complexe. »
L’opportunité d’une vie
En octobre dernier, Samuel Blais est devenu le monteur officiel d’Adam Paradisio, un youtubeur québécois qui cumule plus d’un million d’abonnés sur les réseaux sociaux.
Lorsqu’il a été appelé à réaliser un effet spécial pour l’un de ses courts métrages, c’était l’occasion qu’il attendait, lui qui avait vécu certaines remises en question auparavant. Il est maintenant heureux dans ce qu’il entreprend.
« Ce que j’aime, c’est que j’ai le contrôle, je peux gérer les effectifs que je veux, explique le jeune homme. Je commence à me développer et à créer un plus grand réseau de contacts. Il y a d’autres monteurs qui travaille avec moi. »
Son horaire varie selon le contenu qu’il doit monter et de l’ampleur du projet proposé par le créateur.
« Quand je monte une vidéo d’Adam, ça me prend moins d’une journée. Mais comme il réalise de la fiction, c’est beaucoup plus créatif et artistique, ajoute-t-il. Adam a une vision très claire de ce qu’il veut faire et donc, on peut prendre une journée ou deux de plus à juste se renvoyer des versions, en prenant compte de ses commentaires. »
Samuel Blais souhaite lancer sa propre entreprise de montage tout en créant du contenu pour faire découvrir les réalités de son métier.






