Cultiver les liens entre autochtones et allochtones à travers le tourisme

Uauietilu Robertson Laforge, co-propriétaire du camping Assi-Nipi de Mashteuiatsh, réalise aussi des activités avec des scouts ou des écoles. (Photo : Assi-Nipi )
Au Saguenay- Lac-Saint-Jean, de nombreux acteurs du tourisme local partagent la culture autochtone. Et si c’était le meilleur moyen pour consolider les relations entre les différentes nations du Québec ?
Uauietilu Robertson Laforge est co-propriétaire du camping Assi-Nipi basé à Mashteuiatsh. Il fait partie de la communauté innue. Son entreprise s’appuie sur le tourisme régénératif autochtone : « Le concept, c’est de laisser l’environnement dans un meilleur état que celui dans lequel on l’a trouvé », explique-t-il. Son objectif, c’est de partager la culture innue, car il assure que de nombreuses “sagesses” méritent d’être transmises. Pour ce faire, il organise notamment des soirées de camp ou des ateliers sur la spiritualité innue.
« Je veux faire une expérience transformatrice pour les clients », développe le co-propriétaire du camping. Pour lui, il est très important de lier son travail à sa culture. Il voulait offrir une plus grande visibilité à la communauté. Uauietilu Robertson Laforge souhaite que ses clients s’ouvrent au vivant, à l’humain et à la nature, que cela devienne leur priorité.
L’importance du dialogue pour déconstruire les préjugés
« Encore aujourd’hui, beaucoup de gens ne sont même pas au courant qu’on existe encore », détaille-t-il. « Il y a des gens qui viennent et qui pensent qu’on vit dans des tipis, qu’on porte une coiffe de plumes sur la tête puis qu’on se déplace à cheval toute la journée ! ». Le but de Uauietilu Robertson Laforge est alors de défaire ces clichés et fausses informations, qui collent toujours à la peau des peuples autochtones. À travers son camping et ses ateliers, il veut mener les visiteurs à déconstruire leurs idées préconçues, à aller plus loin dans leur réflexion.
C’est un système dans lequel autochtones et touristes apprennent les uns des autres et partagent leur culture. Le co-propriétaire explique que les échanges qu’ils ont sont très instructifs. « On peut toujours s’enrichir du contact avec les autres si on a l’ouverture de prendre ce qu’ils ont à nous apporter ».
Ne pas « trop en dévoiler »

Cathie Duval est guide pour chien de traîneau. Son histoire familiale est marquée par les pensionnats, dans lesquels elle a perdu deux membres de sa famille. (Photo : Alaskan du Nord)
Ce n’est pourtant pas simple pour certains de partager leur culture, même à travers le tourisme. Il demeure toujours une crainte de trop en dévoiler. Cathie Duval et son conjoint Christian Duchesne sont guides pour chien de traîneau à La Baie. Elle est d’origine montagnaise et lui est un descendant des Micmacs et des Montagnais. Mais leur tribu d’adoption comme ils aiment le dire, ce sont les cris de Waswanipi.
Le couple propose des activités autochtones dans une tente traditionnelle. Ils montrent leurs façons de faire avec les peaux, les fourrures. « L’histoire autochtone est marquée par la chasse et la pêche », assure Christian Duchesne. Cathie Duval explique avoir tout appris de sa famille : comment faire les chapeaux, les mitaines, les mocassins ou les manteaux. Un savoir qu’elle partage à ses clients.
Cependant, ils confient ne pas pouvoir trop étaler leur culture autochtone : « On doit être vigilants, il y a encore beaucoup de préjugés », expose Christian Duchesne. Le couple fait part de tensions présentes entre les autochtones et allochtones. « Il y a des choses qu’on ne doit pas toujours mentionner côté politique, religion et habitudes de vie », termine Cathie Duval.






