Pourquoi y a-t-il peu d’érablières au Saguenay–Lac-Saint-Jean?

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L’érablière Au Sucre d’Or est l’une des seules érablières ouvertes au public au Saguenay-Lac-Saint-Jean. (Photo : William Béchard)

Au Québec, les érablières font partie du paysage et de la culture. Dans des régions comme l’Estrie, la Montérégie ou le Centre-du-Québec, les cabanes à sucre sont nombreuses et l’acériculture constitue une activité économique importante. Pourtant, dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, les érablières sont beaucoup plus rares. Plusieurs facteurs expliquent cette réalité, notamment le climat, la nature des sols et la position géographique de la région.

Selon le professeur en écologie à l’UQAC, Sergio Rossi, la première explication est dans la répartition de l’érable à sucre. Comme toutes les espèces végétales, cet arbre possède une zone géographique précise où les conditions climatiques lui permettent de croître. L’érable à sucre pousse principalement dans l’est de l’Amérique du Nord, mais sa présence diminue progressivement lorsqu’on s’éloigne des zones les plus favorables. « Quand on arrive dans des régions situées à la limite de l’aire de répartition d’une espèce, on trouve moins d’individus », explique-t-il. Or, le Saguenay–Lac-Saint-Jean se trouve justement près de la limite nordique où l’érable peut survivre.

Un climat plus difficile pour l’érable

Le climat joue un rôle déterminant. L’érable à sucre préfère des conditions relativement fraîches et humides, mais il tolère mal les extrêmes. Dans les régions plus au nord, les températures deviennent trop froides et la saison de croissance est plus courte. À l’inverse, trop au sud, la chaleur devient excessive pour l’espèce. Ce positionnement climatique fait en sorte que les érablières sont plus abondantes dans le sud du Québec, où les conditions sont plus stables.

Également, les activités humaines peuvent influencer la santé des érables. Professeur en élagage au Centre de Formation Arboricole, Karl Goupil rappelle que la pollution atmosphérique, notamment les pluies acides observées dans les années 1980, a contribué à fragiliser certains érables. L’acidité accrue des sols peut affaiblir les arbres et favoriser l’apparition de maladies ou de champignons.

Un sol plus acide

Le type de sol constitue également un facteur important. « Les sols de la forêt boréale, qui domine une grande partie du territoire nordique québécois, sont souvent très acides », mentionne Karl Goupil.  L’érable à sucre tolère mal cette acidité. La présence importante de conifères, comme l’épinette ou le sapin, accentue d’ailleurs ce phénomène, car leurs aiguilles contribuent à acidifier le sol. Dans ces conditions, d’autres essences d’arbres prennent le dessus et limitent la présence de l’érable.

Karl Goupil souligne lui aussi que les conditions environnementales expliquent en grande partie la rareté des érablières dans la région. Selon lui, l’érable à sucre possède une « zone de rusticité », c’est-à-dire un territoire où le climat et les conditions naturelles lui permettent de survivre. « Plus on monte vers le nord, plus les conditions deviennent difficiles pour l’érable à sucre », explique Sergio Rossi.

Selon M. Rossi, l’érable possède également des exigences écologiques particulières. Contrairement à certaines essences d’arbres capables de coloniser rapidement des milieux ouverts ou perturbés, l’érable préfère les forêts matures et stables. Il s’épanouit surtout dans des écosystèmes. où les conditions demeurent constantes pendant de longues périodes. Dans les régions plus nordiques, les feux de forêt sont plus fréquents, ce qui empêche souvent les érablières de s’établir durablement.

Les recherches de Sergio Rossi portent sur l’écologie et l’écophysiologie forestières. (Photo : UQAC)

Malgré ces contraintes, Sergio Rossi a observé que l’érable est tout de même présent dans certaines parties du Saguenay–Lac-Saint-Jean.  « On en retrouve notamment dans les secteurs de la vallée du Saguenay et autour du lac Saint-Jean, où le climat est légèrement plus doux et les sols parfois plus favorables. » Ces érablières se trouvent toutefois souvent en petites parcelles et sont mélangées à d’autres essences d’arbres, contrairement aux vastes forêts d’érables qu’on retrouve dans le sud du Québec.

D’ailleurs, selon le gouvernement du Québec, le Saguenay–Lac-Saint-Jean représente moins de 4 % des entailles de la province. On compte seulement 93 érablières en fonction dans la région, comparativement à 3 425 entreprises acéricoles dans la région de Chaudière-Appalaches.

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, la famille des érables ne se limite pas à l’érable à sucre : on y trouve aussi l’érable rouge. (Photo : William Béchard)

Les changements climatiques pourraient également modifier la situation dans l’avenir. Selon l’enseignant à l’UQAC, un climat légèrement plus chaud pourrait rendre certaines zones de la région plus favorables à l’érable. Toutefois, la température n’est pas le seul facteur à considérer. La composition des sols, la présence d’autres espèces d’arbres et la fréquence des perturbations naturelles continueront de jouer un rôle important dans la répartition de l’érable.

 

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