L’endométriose : un fléau sans remède

Share:
Le Dr. Sinervo qui opère une patiente atteinte d'endométriose avec son équipe.

La clientèle du Dr Sinervo est composée de 10 % de Canadiennes chaque année. (Crédit photo : Dr Ken Sinervo)

L’endométriose touche 10 % des femmes à travers le monde. Malgré les douleurs intenses que cette maladie peut provoquer, de nombreux pays tardent à former des médecins qualifiés pour la traiter.

L’endométriose se caractérise par le développement d’un tissu similaire à la muqueuse utérine, mais qui se trouve à l’extérieur de l’utérus. Jusqu’à ce jour, les médecins en ignorent encore la cause. Selon le Dr Ken Sinervo, un spécialiste de l’endométriose, certaines études indiqueraient que les femmes atteintes naissent déjà avec la maladie ou, du moins, avec des cellules susceptibles de l’engendrer.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, des femmes de tout âge peuvent être affectées. « Il est important de reconnaître que l’endométriose peut survenir dès l’adolescence », affirme M. Sinervo, précisant qu’entre  60 et 65 % des personnes commencent à ressentir des douleurs dans les six à douze mois après le début de leurs premières règles.

Autrefois, de nombreuses femmes se rendaient chez le médecin pour des douleurs au niveau de l’utérus, et la réponse qu’on leur donnait était : « C’est  normal, les femmes ont des règles douloureuses, habituez-vous ! » Selon le Dr Sinervo, elles étaient un peu « négligées ». Malheureusement , c’est encore le cas chez plusieurs femmes. Milena Lebonté, une jeune Française atteinte d’endométriose, a vécu ce genre de scénario. «  La première fois que je suis allée voir mon médecin à 14 ans, il m’a dit : “Ce sont sûrement juste tes règles. Ce n’est pas grave” », confie-t-elle.

Selon le Dr Sinervo,  le fait qu’il y ait autant de femmes qui se rendent à sa clinique pour recevoir un traitement s’explique par le manque de formation et de connaissances des médecins. C’est aussi pourquoi, dans certains pays, il n’y a toujours aucune solution à cette maladie.

Le Dr. Sinervo est un spécialiste de l'endométriose. Il est basé à Atlanta, mais il est natif du Canda. Il opère une patiente dans l'image.

Le Dr Ken Sinervo est directeur médical du Centre de soins pour l’endométriose à Atlanta, en Géorgie. (Crédit : Ken Sinervo)

Âgée de 24 ans, Milena Lebonté vit avec l’endométriose depuis ses 14 ans. Au départ, comme la plupart des femmes, son médecin lui a prescrit une pilule contraceptive. Le but était de réguler ses règles. Malheureusement, cette méthode n’a pas fonctionné. Jusqu’à ses 23 ans, elle a dû essayer de nombreux contraceptifs, mais son corps n’en tolérait aucun. « Les médecins ne savent pas quel traitement me donner », explique Milena Lebonté. Même par vidéoconférence, son émotion est palpable lorsqu’elle partage en entrevue les épreuves qu’elle a dû surmonter en raison de l’endométriose.

Mélina Lebonté est une femme qui souffre d'endométriose depuis qu'elle a 18 ans.

Malgré sa condition, Milena Lebonté a réussi à fonder une famille, et elle se considère très chanceuse d’être en santé. (Crédit : Milena Lebonté)

Les symptômes peuvent être regroupés en deux grands groupes : la douleur et l’infertilité. Dans 85 % des cas, les femmes atteintes d’endométriose ressentent des douleurs pelviennes intenses. « Quand j’ai de grosses crises, je peux rester couchée toute la journée. Malheureusement, j’ai aussi mon anus qui est touché », dit Mme Lebonté. Selon le Dr Sinervo, certaines personnes peuvent ressentir des douleurs à la poitrine ou même cracher du sang. « Ce ne sont pas juste de petits symptômes liés aux règles. Malheureusement, c’est pourquoi de nombreux patients ne reçoivent pas les traitements dont ils ont besoin », ajoute-t-il.

Pour Milena Lebonté, parfois, c’est un cauchemar de vivre avec l’endométriose. « Il y a des jours où ça va bien et il y en a d’autres où je ne suis pas capable de m’occuper de ma fille », explique la jeune maman. Ses douleurs ont d’ailleurs déjà été si intenses qu’elle a dû rater des heures de travail. Il lui est aussi arrivé de se faire congédier, en raison d’hospitalisations fréquentes. « Mes supérieurs m’ont clairement dit : “On met fin à votre période d’essai” », explique-t-elle. Celle-ci craint donc le moment où elle devra retourner sur le marché du travail, lorsque son congé de maternité sera terminé.

Share:
Avatar photo