L’Issue à Chicoutimi : une solution pour les femmes exploitées sexuellement

Share:
Les femmes qui en ressentent le besoin peuvent réserver des créneaux individuels avec une intervenante. Photo : Virgile Revelle

Les femmes qui en ressentent le besoin peuvent réserver des créneaux individuels avec une intervenante. Photo : Virgile Revelle

La maison d’hébergement l’Issue propose de l’aide et des services aux femmes ayant un vécu lié à l’industrie du sexe depuis 2024. L’organisme communautaire accueille aussi les femmes transgenres et les personnes non-binaires.

 

« Beaucoup de personnes de l’industrie du sexe développent une dépendance pour travailler », annonce Stéphanie, travailleuse sociale à l’Issue. Vivre de son corps est difficile, la prise de produits stupéfiants et d’alcool permet parfois au travailleur.se du sexe de supporter son quotidien. L’intervenante explique également que les femmes exploitées sexuellement présentent de « multiples traumatismes et des besoins psychologiques. La majorité des personnes ont eu un premier pas dans l’industrie du sexe en étant mineures ».

Pour toutes ces raisons, les femmes de l’industrie du sexe ne pouvaient pas être accueillies dans des maisons d’hébergement classiques. Celles-ci n’acceptent pas les personnes en état de consommation et se retrouvent souvent démunies face à tant de problématiques sociales. L’ouverture d’un centre où les intervenants sont formés aux problématiques de l’exploitation sexuelle était donc essentielle à Saguenay.

Certaines femmes viennent pour « socialiser » et rencontrer d’autres personnes qui les comprennent. Des ateliers d’arts sont notamment proposés par l'équipe du centre. Photo : Virgile Revelle

Certaines femmes viennent pour « socialiser » et rencontrer d’autres personnes qui les comprennent. Des ateliers d’arts sont notamment proposés par l’équipe du centre. Photo : Virgile Revelle

Manger et se doucher

Aujourd’hui, l’Issue est ouverte du mardi au vendredi en après-midi. L’hébergement est sur le point d’ouvrir, l’organisme a d’ailleurs posté des offres d’emploi sur leur page Facebook pour recruter deux professionnelles. En attendant, le centre communautaire propose de la nourriture, des produits d’hygiène, des vêtements, des douches, des conseils pour sortir de l’exploitation, un accompagnement pour des projets personnels ou professionnels.

La majorité de notre clientèle, à plus de 90 %, ce sont des personnes qui font de la prostitution de survie. Elles échangent des services pour pouvoir dormir, manger. Le fait qu’on répond à certains besoins de base vient diminuer leur activité prostitutionnelle », explique Stéphanie.

Dans un premier temps, ce seraient six chambres qui ouvriraient au sein de la maison d’hébergement. Photo : Virgile Revelle

Dans un premier temps, ce seraient six chambres qui ouvriraient au sein de la maison d’hébergement. Photo : Virgile Revelle

Milieux criminalisés

Toutes les intervenantes sont formées à des règles de sécurité précises. La porte est toujours fermée, les fenêtres ne sont pas accessibles et les professionnelles souhaitent garder l’anonymat. Le lieu est d’ailleurs confidentiel, il est communiqué sur demande. Sur la façade du centre, il n’y a aucun signe distinctif. « Nous sommes dans un milieu sensible, certaines femmes travaillent pour des groupes criminalisés », détaille Stéphanie. Elle précise que l’ouverture de l’hébergement pourrait aider ces femmes à couper leurs liens avec ce milieu violent et à les aider à réellement arrêté leur travail du sexe.

Une des femmes accueillies gardait toujours un couteau sur elle à l’extérieur pour se protéger. Rapidement, l’intervenante remarque qu’elle ne l’a plus. « Elle m’a dit : “Quand je vais à l’Issue, je n’ai pas besoin de mon canif” », relate-t-elle. Ce témoignage corrobore avec ceux postés sur Facebook : « Quand ça brasse là où je reste, je peux venir à l’Issue. » ou encore « À l’Issue, on est chez nous. »

Certaines collations sont en libre-service, en plus des repas qui sont préparés. Photo : Virgile Revelle

Certaines collations sont en libre-service, en plus des repas qui sont préparés. Photo : Virgile Revelle

« Le communautaire à boutte »

Un grand rassemblement pour dénoncer les conditions du travail communautaire se tiendra le jeudi 2 avril à Québec. « Nous sommes solidaires du mouvement, les revendications nous rejoignent. Nous souhaiterions avoir plus de financements », s’exclame Audrey Baril, directrice de L’Issue.

L’initiative d’avoir un centre communautaire, dédié à l’exploitation sexuelle au Saguenay, en est un bon exemple. Elle remonte à 2019. Ce n’est qu’en 2021 qu’il y a une première source de financement. En 2024, les premières plages horaires ouvrent. En 2026, la maison d’hébergement L’Issue ne propose toujours pas d’hébergement. « Le sous-financement du communautaire au Québec fait en sorte que c’est plus difficile pour un nouvel organisme de se lancer », précise la directrice. Pour avoir plus d’argent, il faut que l’organisme ait déjà fait ses preuves. « Avoir accès à certains financements, ça prend deux ans d’existence », termine-t-elle.

Share:
Avatar photo