Gêne et ITSS : toujours un frein au dépistage

Malgré la simplicité des procédures, la gêne et les tabous freinent encore plusieurs personnes à consulter. (Photo:Istock)
Malgré des services de dépistage accessibles, plusieurs hésitent encore à consulter, freinés par la gêne et les tabous entourant la sexualité.
« Ce n’est pas tout le monde qui est à l’aise de se livrer de cette manière-là », observe Julie-Anne Barbeau, intervenante en travail de rue à Chicoutimi et impliquée dans le programme SIDEP.
Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, les services de dépistage des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) sont bien présents. Des initiatives comme le programme SIDEP, qui offre des dépistages gratuits et sans rendez-vous, visent justement à faciliter l’accès. Pourtant, sur le terrain, la gêne demeure un obstacle important pour plusieurs personnes.
Selon l’intervenante,le malaise ne vient pas seulement du dépistage en soi, mais du fait que la sexualité reste un sujet peu abordé. « On n’en parle pas assez. Ça reste quelque chose d’intime, donc les gens gardent ça pour eux. »
Cette gêne s’accompagne souvent de désinformation. Plusieurs personnes associent encore les ITSS à quelque chose de « sale » ou de honteux. « Il y a comme une étiquette qui vient avec », explique Julie Boutin, infirmière clinicienne en clinique privée. « Les gens pensent que ça veut dire que tu n’es pas propre ou que tu as eu des comportements à risque. »

Une affiche du programme SIDEP, qui offre des services de dépistage des ITSS gratuits et sans rendez-vous, notamment les jeudis après-midi à Chicoutimi. (Photo : CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean)
Pourtant, la réalité est bien différente, la transmission d’ITSS n’a aucun lien avec l’hygiène corporelle. « Une chlamydia, ça se traite en une semaine avec des antibiotiques », rappelle l’infirmière. Malgré cela, la peur persiste, notamment chez les jeunes, qui arrivent souvent très stressés en consultation.
C’est le cas de Camille, une étudiante qui a récemment passé un test de dépistage dans un CLSC. « J’étais vraiment anxieuse avant d’y aller. J’avais peur de me faire juger et je ne savais pas du tout comment ça allait se passer », raconte-t-elle. Une fois sur place, son expérience a toutefois été rassurante. « Finalement, l’infirmière était super gentille. Elle m’a mise à l’aise, puis j’ai réalisé que ce n’était pas si compliqué. »
Selon Julie-Anne Barbeau, cette peur du jugement peut même retarder le dépistage et entraîner des conséquences. « Les gens vont parfois ignorer des symptômes parce qu’ils ne veulent pas être étiquetés. » Un phénomène qui peut favoriser la transmission des infections.
L’accessibilité aux services joue aussi un rôle. Si certaines cliniques privées offrent des rendez-vous rapides et confidentiels, elles ne sont pas accessibles à tous en raison des coûts. « Il y a un enjeu monétaire, c’est sûr », souligne Julie Boutin.
Pour réduire la gêne, les intervenantes s’entendent sur une solution : en parler davantage. Julie-Anne Barbeau plaide aussi pour une éducation sexuelle plus complète, qui aborde non seulement la protection, mais aussi les relations et le consentement.
De son côté, Julie Boutin propose de normaliser le dépistage. « Ça devrait être vu comme quelque chose de normal, comme aller passer un test de routine. »
Car au-delà des tabous, une chose est claire : consulter demeure un geste essentiel pour sa santé. « Le fait de se faire dépister, c’est responsable », conclut-elle.






