Festivals: Québec envoie des millions de dollars aux États-Unis

Le Festival International de Jazz de Montréal recevra une aide financière de plus d’un million de dollars pour l’édition 2027. (Photo : Noah Thomas)
En pleine guerre tarifaire avec les États-Unis, le Québec envoie des millions de dollars publics à des festivals liés en partie à Live Nation, un géant américain.
Depuis 2019, Live Nation détient 49% du promoteur québécois Evenko, connu par le grand public pour ses festivals, comme Osheaga, ÎLE SONIQ, les Francos et plusieurs autres. En détenant 49%, les festivals restent des événements majoritairement québécois et gardent un accès aux différentes subventions disponibles.
L’entreprise américaine a été jugée coupable d’avoir un monopole illégal chez nos voisins du Sud en avril dernier. En contrôlant non seulement une majorité des artistes et des salles de spectacles, Live Nation contrôle également la plateforme de vente de billet : Ticketmaster, ce qui lui donne le monopole de la scène culturelle. « En rachetant Evenko, Live Nation a créé un milieu complètement autonome pour les évènements sous leur emblème », souligne l’analyste sectoriel chez les Scènes de Musique Alternatives du Québec (SMAQ), Xavier Bordeleau.
L’entrée en scène de l’argent public
En 2025, une annonce officielle publiée par le ministère du Tourisme révélait une subvention de plus de 1M$ au festival Osheaga.
Le 8 mai dernier, le ministère du Tourisme du Québec a publié sa liste de projets retenus de subventions pour l’année 2026-2027. Les montants ont augmenté en comparaison à l’année précédente, mais pas à la même échelle. Par exemple, le festival saguenéen La Noce a reçu 99 000$, plutôt que 74 000$ l’année précédente.

Le festival des Francos de Montréal est le plus grand festival francophone en Amérique. (Photo : Noah Thomas)
Le festival détenu par Evenko/Live Nation, ÎLE SONIQ, a quant à lui eu une augmentation de 55% avec un montant total de 700 000$ face à 450 000$ l’année précédente.
Alors que le prix de production augmente considérablement, certains événements n’ont pas eu le droit à une augmentation. Le festival des Grands Crus Musicaux à Saguenay recevra exactement le même montant que l’année dernière, soit 71 000$. Un problème important pour le directeur général de REFRAIN, Patrick Kearney. « Il y a un paradoxe. C’est sûr que les programmes de subventions ne connaissent pas tous nos enjeux d’augmentation de coûts. »
« Présentement, la SODEC offre seulement un programme pour les lieux indépendants avec un fond d’environ un million de dollars. ‘’C’est sweet fu*kall’’ là », mentionne Xavier Bordeleau.
Entre la hausse des cachets des artistes, des coûts de transport et des dépenses de production, plusieurs festivals, notamment en région, sont en mode survie. « Il y a des petits festivals qui ont vraiment beaucoup de difficultés à payer des artistes 20-25 000 qui ne sont pas des mégas têtes d’affiches », mentionne Patrick Kearney.

La location de machinerie lourde est un coût important dans la production d’un festival. (Photo : Noah Thomas)
Les salles de spectacles indépendantes voient aussi leur futur être menacé. Avec la hausse des loyers, le manque d’aide et la diminution de consommation d’alcool, plusieurs salles de spectacles importantes, surtout en région, pourraient voir leurs portes fermées dans les prochaines années, selon Xavier Bordeleau.






