Beauté sur mesure, à quel prix?

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Seringue de botox au sein du cabinet du Dr Danny Maltais. (Photo: Marine De Ville)

Lèvres pulpeuses, peau lisse, ou encore menton parfait… Sur les réseaux sociaux, les normes de beauté n’ont jamais été aussi strictes et présentes, mais surtout inatteignables naturellement. Chez les jeunes femmes du Saguenay, certaines rêvent de retouches. D’autres s’en méfient. Jennifer Landry, 19 ans, étudiante au Cégep de Jonquière, a déjà pensé à du Botox au menton. « J’ai vraiment le menton reculé, puis ça me complexe ». Pour elle, les réseaux sociaux pèsent lourd. « Quand tu vois tout ce que tu savais pas qui existait, que tu pouvais te faire faire, ça donne des envies ». Charly, 17 ans, aimerait se faire refaire les lèvres. « En voyant tout le monde avec des belles lèvres, tout refait, ça donne envie ». Seul son âge la freine.

Les jeunes se comparent constamment sur les réseaux sociaux. (Photo Marine De Ville)

Elles ne sont pas toutes tentées pour autant. Clémence et Marilou, 17 ans, n’y ont « jamais » pensé. Emie, étudiante en physiothérapie au Cégep de Chicoutimi, a été refroidie par « tous les “side effects” qu’on voyait ».

Au Saguenay, le médecin esthétique Dr Danny Maltais observe une hausse de la demande depuis une dizaine d’années, avec un petit boom pendant la pandémie, quand les gens se voyaient en télétravail « dans leur caméra ». Les modèles vus en ligne s’invitent jusque dans son cabinet. « Souvent, ils vont nous dire “je veux les mêmes lèvres que… ». Il nuance. « Ce n’est pas une peinture. On travaille avec le corps de la personne ».

Les critères de beauté, un effet de mode ?

Ces critères n’ont rien d’éternel. Sourcils fins hier, épais aujourd’hui, ou encore lèvres fines hier, très pulpeuses aujourd’hui, l’idéal change au gré des modes, et chaque tendance crée un nouveau marché.

Assia Khelifi, 21 ans, y a vu une raison de renoncer. « Les gens avaient tendance à tous un peu se ressembler, à chercher à avoir les mêmes caractéristiques physiques. Je me suis rendu compte que ce n’était pas comme ça que je voyais la beauté ».

 

Dr Danny Maltais. Photo Marine De Ville

 Dr Danny Maltais. Photo (Marine De Ville)

Les dérives de la médecine esthétique

Cette beauté a un prix. « L’esthétique, c’est quand même onéreux », reconnaît Dr Danny Maltais. Des injectrices sans formation proposent des tarifs plus bas, « mais il y a une raison pourquoi c’est abordable ».

Au lieu de produits homologués par Santé Canada, elles utilisent selon lui « un réseau de marché noir » alimenté par des « laboratoires clandestins ». Le phénomène reste peu répandu dans la région, mais il existe.

 

Les risques sont réels, surtout avec les agents de comblement. « Le plus grand risque, c’est d’aller l’injecter dans une artère. Ça peut créer une nécrose cutanée », voire une perte de vision. Sans formation, « les taux de complications explosent », car on le rappelle, seul un médecin ou des infirmières formés sous l’égide du Collège des médecins peut injecter. Le conseil de Dr Danny Maltais aux jeunes ? « S’informer, poser des questions, puis choisir son professionnel », car cela demande « une relation de confiance ».

Cette tendance dépasse largement le Saguenay. Selon l’enquête mondiale annuelle de The International Society of Aesthetic Plastic Surgery (ISAPS), près de 35 millions d’interventions esthétiques ont été réalisées dans le monde en 2025, marquant une croissance impressionnante de plus de 42 % en quatre ans. En 2019, on comptait seulement 158 infirmières et infirmiers auxiliaires qui pratiquaient des soins médico-esthétiques au Québec contre 400 en 2025, selon le Collège des médecins du Québec.

Cabinet du Dr Maltais. (Photo: Marine De Ville)

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