De la rue aux égouts : le parcours de l’eau

Au Québec, selon leur type, un puisard peut contenir de 500 à 1 000 litres d’eau avant d’atteindre sa pleine capacité. (Photo : Étienne Harvey-Soucy)
Lorsqu’une forte pluie s’abat sur une ville, une grande partie du travail se déroule sous nos pieds. Un réseau de conduites permet de recueillir et d’évacuer l’eau.
Selon le professeur à l’Institut national de la recherche scientifique et spécialiste de la gestion des eaux pluviales, Alain Mailhot, ce fonctionnement remonte à plusieurs décennies. Les premiers réseaux d’égout au Québec sont arrivés au milieu du 19e siècle à Montréal. « À un moment donné, on s’est dit qu’il faudrait drainer cette eau-là, qu’il faudrait l’éliminer. Donc, pour l’éliminer, ce qu’on a fait, c’est qu’on a construit des réseaux d’égouts », explique-t-il.
Lorsqu’il pleut, l’eau qui ruisselle sur la chaussée se dirige vers les puisards, ces grilles que l’on retrouve au bord des rues. Elle entre ensuite dans les conduites souterraines et est acheminée vers des collecteurs. À Saguenay, le porte-parole de la Ville, Dominic Arseneau, explique que les égouts pluviaux suivent un chemin bien précis. « Les égouts pluviaux vont prendre l’eau de pluie, l’eau de surface, puis elle va tranquillement suivre son cours par la gravité pour s’en aller directement dans le Saguenay sans traitement. »
Ce parcours dépend toutefois du type de réseau. Les égouts pluviaux recueillent l’eau de pluie, tandis que les égouts sanitaires transportent les eaux usées provenant des domiciles. Dans certains quartiers plus anciens, les deux sont combinés dans une seule conduite. Les eaux usées doivent alors être dirigées vers une usine d’épuration avant de retourner dans l’environnement.

Alain Mailhot, plus de 24 ans d’ancienneté au sein de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). (Photo : Institut national de la recherche scientifique, Professeures et professeurs – Alain Mailhot)
Agir sous terre et en surface
Mais sous nos pieds, tout ne fonctionne pas toujours comme prévu. Un puisard peut être obstrué par des feuilles ou des déchets, une conduite peut s’affaisser ou le réseau peut recevoir trop d’eau en même temps. Lorsque sa capacité est dépassée, l’eau ne peut plus être évacuée assez rapidement.
« L’autre problème qui est à mon avis le plus criant, c’est quand le réseau d’égout lui-même est plein. On dit qu’il est en charge », explique Alain Mailhot. La pression peut alors provoquer des remontées d’eau, voire des refoulements dans les maisons.
Dominic Arseneau souligne que des bris de conduites ou des puisards bouchés peuvent entraîner une accumulation d’eau dans les rues. Les citoyens peuvent aussi contribuer aux obstructions en jetant certains objets dans les toilettes. « Il y a aussi l’aspect, dans le cas des conduites sanitaires unitaires, de gens qui, en bon français, ” flushent” des choses qu’il ne faut pas “flusher” », affirme-t-il. Les lingettes, les gants et autres objets doivent plutôt être jetés à la poubelle.
Les changements climatiques jouent également un rôle. « Les gros orages violents, comme on voit l’été, effectivement, il va y en avoir de plus en plus et ils vont être plus intenses en climat futur », explique Alain Mailhot.
Pour éviter que toute cette eau se retrouve immédiatement dans les égouts, les villes créent des infrastructures « éponges ». Parcs, jardins de pluie et bassins de rétention peuvent retenir temporairement une partie de l’eau.
Saguenay en possède déjà certains. « Des aménagements en éponge, il y en a déjà, puis on continue à en aménager », indique Dominic Arseneau. Il cite notamment des secteurs près du Cégep de Chicoutimi et de la bibliothèque de La Baie.
Pour Alain Mailhot, il n’existe toutefois pas une seule solution. « Il faut jouer sur les deux plans », dit-il, en parlant à la fois de l’amélioration des réseaux souterrains et de la réduction de la quantité d’eau qui y entre.






