De Sydenham à Albani : ce que racontent les rues du Saguenay

Le processus de nomination des rues à Saguenay répond aux critères établis par la Ville et la Commission de toponymie du Québec.
(Photo: Émile Beauséjour)
Une chanteuse d’opéra amie de la royauté britannique ou un gouverneur anglais qui assimilait les colons français… Les noms de rues de la région cachent parfois des références historiques ou des souvenirs de personnalités qui peuvent surprendre.
Selon le professeur en sciences humaines à l’UQAC, Érik Langevin, le choix des noms de rues dépend souvent des personnes qui développent les quartiers. « Il n’y a pas vraiment de règles, il n’y a pas de tendance », explique-t-il, en précisant que les promoteurs privés disposent d’une grande liberté, tant que les noms respectent les règles en vigueur.
Rue De Quen
Située tout près de la rivière Chicoutimi, la rue De Quen est directement liée au premier Européen à s’être rendu sur les terres du Saguenay, Jean De Quen. Il est un missionnaire jésuite qui a joué un rôle important dans l’histoire de la région en fondant les missions du Saguenay en 1635. En juillet 1647, il se rend au lac Saint-Jean, un voyage qui contribue à faire connaître aux Européens cette partie du territoire. Bien que Jacques Cartier ait entendu parler du « Royaume du Saguenay » dès 1535, il n’avait jamais exploré l’intérieur du territoire. Jean de Quen est ainsi reconnu comme le premier à s’y être rendu.
Avenue Lucienne-Claveau
Située à Alma, dans un secteur où les voies de communication portent des noms de bâtisseurs, l’avenue Lucienne-Claveau rend hommage à une femme qui a marqué la vie communautaire locale. Lucienne Claveau a été la première présidente du Cercle de fermières de Saint-Cœur-de-Marie, aujourd’hui un secteur d’Alma. Cette association féminine a été la première du genre à voir le jour dans la localité. Son nom rappelle ainsi la contribution des femmes à l’organisation de la communauté et à son histoire.
Chemin Sydenham
Le chemin Sydenham rappelle Charles Edward Poulett Thomson, dit Lord Sydenham. Gouverneur de l’Amérique du Nord britannique à partir de 1839, il joue un rôle important dans l’union du Haut et du Bas-Canada, entrée en vigueur en 1841. Cette réforme marque une étape importante dans l’histoire politique canadienne, alors que les Canadiens anglais et les Britanniques ont tenté d’assimiler les Canadiens français. La Commission de toponymie du Québec confirme que le chemin de Chicoutimi porte son nom.
« À l’époque, quand on a choisi de donner ce nom-là, on n’avait pas les connaissances historiques et le nationalisme d’aujourd’hui », explique Dany Côté, historien spécialisé sur le Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Dany Côté, historien et auteur de plusieurs œuvres sur le Saguenay–Lac-Saint-Jean.(Photo : Émile Beauséjour)
Rue Ballantyne
La rue Ballantyne rend hommage à Duncan Stephen Ballantyne, un arpenteur qui a contribué au développement de Chicoutimi. En 1845, il réalise d’ailleurs le premier plan de la ville, un travail important pour organiser et représenter le territoire à une époque où la localité se développe.
Son nom conserve ainsi le souvenir d’un acteur de l’histoire urbaine de Chicoutimi. Selon la notice de BAnQ, cette appellation est directement liée à son travail d’arpentage, qui a contribué à documenter l’organisation de la ville.
Rue Albani
La rue Albani rend hommage à Emma Lajeunesse, connue sous le nom de scène d’Emma Albani. Née à Chambly en 1847, elle devient l’une des cantatrices québécoises les plus célèbres de son époque. Après des études musicales à Paris et à Milan, elle fait ses débuts à l’opéra en Italie en 1870, avant de connaître le succès sur les grandes scènes européennes.
Sa carrière s’étend sur près de 40 ans. Elle se produit notamment au prestigieux Covent Garden de Londres et chante à plusieurs reprises devant la reine Victoria, avec qui elle développe une relation privilégiée et amicale. Son parcours contribue à faire connaître les artistes canadiennes à l’étranger en étant la première chanteuse d’opéra née au Québec à atteindre une renommée internationale.
Nommer une rue : un processus encadré
Malgré le fait que certains noms de rues peuvent être étranges, il y a tout de même quelques consignes à respecter.
Pour éviter la confusion, les noms ne doivent pas être trop semblables ou difficiles à prononcer, notamment pour les services d’urgence. « L’idée, c’est que dans le fond, il n’y a pas d’ambiguïté sur de quelle rue on parle », précise M. Arseneau.
Pour M. Côté, ce sont surtout les époques qui vont impacter les noms des rues qui vont pousser partout au Québec. « Jusqu’aux années 60, la religion catholique était super importante dans la région, ce qui fait qu’aujourd’hui, il y a beaucoup de noms de rues de saints ou de personnages religieux importants. »
Toutefois, selon Érik Langevin, la place accordée à l’histoire dépend aussi des choix de ceux qui nomment les rues. « Ça dépend vraiment de la bonne volonté des individus », souligne-t-il.





