Des fruits et légumes locaux tout l’hiver

Est-il possible de manger uniquement des fruits et légumes du Québec l’hiver? Oui, mais il est nécessaire que les consommateurs modifient leurs habitudes selon des experts.
L’hiver, deux catégories d’aliments locaux sont disponibles : les fruits et légumes de plein champ et les produits cultivés en serre. Puisque les techniques de réfrigération à la sortie des champs se sont beaucoup raffinées dans les dernières années, il est maintenant possible de conserver un produit pendant 12 mois. Cependant, il n’y a pas assez de légumes d’hiver pour fournir les épiceries toute l’année, explique le directeur général de l’Association des producteurs maraîchers du Québec (APMQ), Patrice Léger Bourgoin. Et du côté des serres, elles peuvent répondre à la demande pendant 12 mois, mais à un prix un peu plus élevé.
Des fruits et légumes parfaits
Selon M. Bourgoin de l’APMQ, si les exigences des consommateurs étaient moindres, le Québec aurait une autonomie alimentaire de 12 mois pour les carottes, les pommes de terre et les oignons. « Les épiceries exigent des producteurs de hauts standards de qualité. Il faut que les oignons aient la même taille, que la pomme de terre ait une telle dimension, que la peau de la pomme soit impeccable. Vendre des légumes moches, ce n’est jamais un succès commercial. Les gens cherchent le fruit et légume parfait. »
Cette situation a des conséquences en termes de sécurité alimentaire. Le vice-président exécutif du grossiste Courchesne Larose, Guy Milette, fait des observations similaires. « La qualité, c’est le critère numéro un. Quand elle n’est plus au rendez-vous, on doit faire une transition. On passe d’une région à une autre. »


La fin de l’approvisionnement des épiceries pour les carottes québécoises se passe normalement entre la troisième semaine de janvier et la première semaine de mars. Cette année, autour du 15 février, ce sera peut-être difficile de se procurer des carottes de la province. Du côté des pommes de terre, il manquera 2 à 3 semaines de provision avant la prochaine récolte. Normalement, les oignons sont disponibles jusqu’au mois d’avril. Photos : Alice Méthot
Une pénurie de fruits et légumes en hiver?
L’essentiel des fruits et légumes consommés au Québec l’hiver proviennent de la Californie et du Mexique. Le Québec, est dépendant de ces importations. Une situation loin d’être idéale d’après Patrice Léger Bourgoin, puisqu’il pourrait y avoir moins de produits disponibles pour l’importation dans les prochaines années. « Regarde ce qui se passe en Californie et au Mexique avec les feux et le manque d’eau pour arroser les fruits et les légumes. La situation va devenir de plus en plus problématique à cause des changements climatiques. On n’est franchement pas prêt à faire face à ça. »

Des carottes des États-Unis sont disponibles au Metro. « La chaîne d’approvisionnement international est très développée. Contrairement à la situation il y a 20-30 ans, les producteurs québécois sont de plus en plus placés en situation de concurrence contre les producteurs étrangers, souligne Patrice Léger Bourgoin. Photo : Alice Méthot
Guy Milette soutient qu’il est difficile de substituer les importations de fruits et de légumes du jour au lendemain. « Au Québec et en Ontario, si on prend juste le céleri, le chou-fleur, le brocoli et les laitues, c’est probablement plus de 100-150 semi-remorque par semaine. Il faudrait changer nos habitudes, essayer tranquillement de se trouver d’autres options. »
Changer nos habitudes alimentaires
Plusieurs options s’offrent aux consommateurs pour continuer de s’approvisionner localement. Le DG de l’APMQ, Patrice Léger Bourgoin suggère d’acheter des fruits et légumes du Québec surgelés. « Si tu es flexible dans tes choix, c’est une option santé et tout à fait louable. » Revenir à la source est une autre solution. « Si on remonte dans les années 40 et 50, l’hiver on mangeait des patates, des choux, des carottes, des navets, des oignons et des légumes racines qui sont entreposables l’hiver, rappelle le vice-président exécutif du Groupe Courchesne Larose, Guy Milette. Dans une situation où l’économie souffre, les légumes d’ici sont moins chers, puisqu’ils n’ont pas de frais de transport. »

Les gourganes font partie des produits disponibles congelés. De nombreux fruits comme les bleuets, les canneberges et les fraises peuvent être achetés. Photo : Alice Méthot
L’APMQ estime qu’il va y avoir plus de cycles de récoltes au Québec dans le futur. « Avec les changements climatiques, on va pouvoir produire plus longtemps en saison. Ça va nous amener à être capable d’assurer un plus grand approvisionnement hivernal de produits pour subvenir aux besoins grandissants de la province. »
Les maraîchers à la merci du climat
Pour l’instant, le climat a souvent posé des problèmes aux maraîchers. « Les étés très pluvieux, comme en 2023, il peut y avoir des maladies qui se développent pendant l’entreposage. Parce que les taux d’humidité dans les produits sont plus élevés que la normale, il va se développer des bactéries qui vont rendre les produits impropres à la consommation. C’est déjà arrivé avec les pommes de terre, les oignons et les courges dans les dernières années », relève Patrice Léger Bourgoin.
Guy Milette affirme qu’il est possible d’avoir une idée des prix des légumes locaux pour l’hiver en septembre et en octobre en fonction du climat estival. « Si la saison n’a pas été bonne, ça va être un hiver difficile et les prix vont être élevés. Au bout du compte, c’est le consommateur qui souffre ou qui bénéficie des meilleures récoltes », souligne-t-il.
Producteurs québécois contre les producteurs étrangers
Les légumes d’hiver importés arrivent normalement sur les tablettes d’épicerie lorsqu’il n’est plus possible de s’approvisionner localement. Selon le Groupe Courchesne Larose, tout n’est pas noir ou blanc. « Quand on n’a plus le produit du Québec, mais qu’il est disponible en Ontario, j’aime encore dire que c’est un produit local, parce que c’est canadien. »
Léger Bourgoin remarque qu’une chaîne d’épiceries vend des carottes chinoises en même temps que les carottes locales. « Même avec les coûts de transport, il est impossible de compétitionner avec les carottes chinoises. Le coût de la main d’œuvre n’est pas le même. Ils utilisent aussi des pesticides et des herbicides qui sont interdits au Canada parfois depuis 30 ans. La grande chaîne, le grossiste ou les restaurants peuvent décider de mettre en vente un produit étranger, parce que leur marge bénéficiaire est plus grande qu’avec un produit local. »

Au Maxi, les carottes chinoises sont considérées comme un produit « vedette ». La carotte chinoise est bannie des États-Unis pour des raisons de santé publique. Photo : Alice Méthot
Les consommateurs n’ont pas toujours le réflexe d’acheter local l’hiver, mentionne Patrice Léger Bourgoin. L’été, les épiceries sont en compétition avec les marchés publics et les kiosques sur le bord du chemin, donc il va y avoir des campagnes publicitaires pour attirer les clients vers les produits québécois. L’hiver c’est le contraire, déplore-t-il. « L’essentiel des marchés publics sont fermés, donc les grandes chaînes n’ont plus de compétition. Elles n’ont pas d’intérêt à faire venir le consommateur vers les produits québécois. Le consommateur va prendre ce qu’il y a de disponible sur les tablettes, que ce soit local ou importé. »
La décision de manger local revient aux Québécois, conclut Patrice Léger Bourgoin. « Ça te permet d’encourager l’économie locale, de savoir ce que tu as dans ton assiette, parce que c’est contrôlé par les gouvernements et tu fais un geste pour l’environnement. »






