L’école à la maison, un frein à l’intégration sociale?

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L’Association québécoise pour l’éducation à domicile informe et rassemble les parents-éducateurs à travers le Québec depuis 1997 (Photo:Vittoria Caputo).

Un enfant qui a fait l’école à la maison risque d’avoir un choc culturel et d’être confronté à des écarts sociaux lors de son intégration à son environnement d’études supérieures, selon une étude de l’Université d’Arkansas et de l’Université d’Oklahoma.

C’est ce qu’a vécu Salem Auclair, étudiant au Cégep de Jonquière, qui a fait ses études primaires et secondaires à son domicile. Avant de se diriger vers le cégep, il a complété sa formation à l’école aux adultes, où il a constaté des différences dans ses relations avec les autres.

Son intégration sociale a également été affectée par ses compétences académiques. « [Les autres] ont tellement une manière de parler au professeur, lorsqu’ils remplissent un devoir, c’est full balisé, raconte-t-il. C’était difficile au début de comprendre qu’il faut suivre un protocole. La créativité dans les devoirs, c’est moins récompensé [qu’à l’école à la maison].» Cela affectait également sa perception des autres et de soi, puisqu’il considérait « les gens qui ont fait le cursus normal » comme étant « vraiment incroyables, full bollés ». Il pensait même « ne jamais pouvoir arriver à ce niveau-là ». Il lui a fallu du temps pour abandonner cette croyance qu’il s’était créée. « Donc oui, il y avait une distance [entre moi et les autres], donc je les laissais moins m’approcher », témoigne-t-il.

La représentante régionale de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED) pour l’Outaouais, Émilie Salesse Gauthier, considère que l’intégration dépend de la personnalité de chacun et qu’il s’agit de cas par cas.

Ces difficultés d’adaptation soulèvent la question de l’influence de l’éducation à domicile sur le développement des compétences sociales. L’étude Homeschooling, Social Isolation, and Life Trajectories: A Mixed Method Analysis, réalisée en 2022 par Daniel Hamlin, de l’Université d’Oklahoma, et Albert Cheng, de l’Université d’Arkansas, s’y intéresse justement. L’étude établie que la critique selon laquelle l’éducation en famille isole les enfants de la société n’est pas complétement vraie. « Les résultats de cette étude, ainsi que ceux d’autres travaux, suggèrent que les personnes pratiquant l’instruction en famille ne constituent peut-être pas un groupe socialement isolé », peut-on y lire en anglais.  Il est également inscrit que l’intégration est difficile au début mais qu’après une période d’ajustement, les élèves s’épanouissent autant que leurs pairs.

La socialisation en question

Au cours de l’année scolaire 2025-2026, près de 8 700 élèves étaient scolarisés à domicile au Québec, selon les données de la Direction de l’enseignement à la maison (DEM). Plusieurs de ces enfants fréquentent des groupes d’école à la maison, comme c’est le cas des enfants d’Andrée Bouchard, parent éducateur depuis plus de dix ans. Ses enfants fréquentent plusieurs autres élèves à la maison, mais également plusieurs enfants qui fréquentent les écoles ordinaires. « Oui, oui, mes enfants ont des amis », répond-elle lorsqu’on lui demande si ses enfants développent leurs compétences sociales.

Pour Émilie Salesse Gauthier, les groupes d’école à la maison permettent une socialisation naturelle et réelle sans obliger les enfants à ne fréquenter que des enfants de leur âge.

« L’aspect le plus positif c’est probablement l’aspect social, quoi que, c’est difficile de trouver qu’un aspect positif », explique-t-elle à propos de l’école à la maison.

Salem Auclair, quant à lui, considère qu’il est « partiellement vrai » que l’école à la maison crée des inégalités sociales.

« Je parle pour moi, pas pour tous ceux qui font l’école à la maison. Il n’y a pas une seule manière de faire l’école à la maison, tout le monde est différent », concède-t-il. Il donne l’exemple de son ami d’enfance, qui faisait partie d’une famille de 12 enfants dont les parents avaient choisi l’éducation à domicile parce qu’ils considéraient que l’école québécoise était trop laïque. « Probablement qu’eux ont développé une manière d’interagir socialement différente de la mienne. Je ne sais pas si elle est meilleure ou moins bien. »

Pour lui, le fait d’avoir fait l’école à la maison ne l’a pas préparé au cégep, un lieu côtoyé par des milliers de personnes.  « Ça donnait un peu le vertige au début », affirme-t-il.

Salem Auclair a développé une passion pour le cinéma grâce à l’école à la maison, ce qui l’a amené à étudier en technique de Cinéma et télévision (Photo:Vittoria Caputo).

Une expérience qui comporte aussi des avantages

Malgré ces difficultés, Salem considère son expérience de l’école à la maison comme positive. « Je dis des trucs négatifs, mais c’est tellement plus cool. J’ai su un peu plus ce que je voulais faire, ça m’a développé une personnalité qui est différente. » Il ajoute que « plus le temps avance, plus je me rends compte que c’est quelque chose de positif d’être différent au final ».

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