Les idées conservatrices séduisent une nouvelle génération

Le mouvement Génération Ambition, cofondé en 2023, est un mouvement de jeunes conservateurs du Québec, qui a pour objectif de sensibiliser les jeunes à la politique et d’ouvrir le débat. (Photo : Jonathan Dupaul)
Les jeunes sont de plus en plus intéressés par des mouvements conservateurs. D’après la firme Nanos, 45 % des jeunes de moins de trente ans appuyaient les mouvements conservateurs en 2024, une évolution importante par rapport à 2015 où l’intérêt des jeunes était de 23 %. Alors, comment expliquer cet intérêt grandissant ?
Océane Corbin, doctorante en communication et en études féministes à l’UQAM, explique qu’il est compliqué de savoir exactement pourquoi le conservatisme attire de plus en plus les jeunes mais elle précise que des éléments sont déjà identifiables. D’abord, une situation économique compliquée, la promesse d’un futur économique stable que les jeunes n’ont pas aujourd’hui : « Les idées d’extrême droite vont proposer des réponses simples à des questions sociales et économiques qui sont en réalité extrêmement compliquées, et pour des jeunes, ça peut être très réconfortant. » Par ce biais, la société va rejeter la faute sur l’autre : « Se dire que sans les migrants on pourrait avoir un travail, de l’argent et de la sécurité, alors qu’on sait que c’est faux : migrant ou pas, la situation serait plus ou moins la même. » Océane Corbin explique aussi qu’une quête d’identité nationale peut conforter les jeunes dans des idées conservatrices.
Éloïse Coulombe, ambassadrice du mouvement Génération Ambition, explique que le conservatisme actuel est différent des clichés : la religion n’est plus au centre des mouvements, ils prônent surtout « la liberté, la responsabilité individuelle et l’autonomie ». Génération Ambition prône un « conservatisme économique », l’objectif étant « de s’assurer que la population garde son argent le plus possible, l’argent pour lequel elle travaille ». Pour eux, le conservatisme social et économique sont des principes séparables, un avis qui n’est pas partagé par Océane Corbin : « Différencier économique et social, c’est impossible. Les deux sont tellement liés, puis être conservateur économiquement mais pas socialement, c’est invisibiliser le fait que la réalité économique impacte le social. »
Impact significatif des réseaux sociaux
Les réseaux sociaux, utilisés en grande majorité par des jeunes, jouent également un rôle en mettant davantage en avant les discours de droite.
D’un point de vue algorithmique, la doctorante explique qu’on est guidés de plus en plus vers des vidéos accrocheuses, des idées plus polémiques, plus conservatrices. Aujourd’hui, les messages violents sur les réseaux sociaux sont de plus en plus décomplexés et mis en avant.
La société est face au principe de la fenêtre d’Overton, un principe qui cadre l’espace des idées acceptables dans une société. Ici, l’idée serait d’agrandir la fenêtre pour normaliser des propos plus extrêmes : « On est arrivés à un moment sociétal où les idées de droite, souvent plus extrêmes, comme remettre en question le droit de vote des femmes, sont devenues quelque chose d’envisageable. Les gens se permettent maintenant de le dire sur les réseaux sociaux », ajoute madame Corbin.

D’après un sondage CROP de 2024, 40% des 18-34 ans s’accordent avec l’affirmation « le père de famille doit commander chez lui » (Photo : Unsplash)
Tous les contenus de droite ne sont pas les mêmes sur les réseaux sociaux, précise la doctorante. Là où les partis politiques se présentent de manière plus officielle pour être pris au sérieux et avoir un impact dans la société, « les influenceurs, eux, qui fonctionnent avec la logique de la monétisation, vont avoir des propos très intenses et extrêmes pour attirer l’attention, une logique de recrutement. Ils ont des choses à vendre derrière, comme des formations. » Ces discours sont très consommés par les jeunes hommes principalement. D’après un sondage CROP, 37 % des hommes de 18 à 34 ans consultent du contenu d’influenceurs masculinistes, et un homme sur deux qui en consomme trouve que ces contenus disent enfin la vérité.
Des propos masculiniste seront minimisés, alors que des propos féministes seront traités de radicaux. Pour Océane Corbin, « la radicalité, c’est la nouvelle “hystérie” : on va catégoriser les femmes de radicales pour discréditer les discours ». Elle ajoute que l’algorithme joue un rôle dans la décrédibilisation des femmes en mettant des contenus masculinistes plus en avant.
D’après Océane Corbin, si les messages de haine sont de plus en plus présents, c’est à cause d’un retour de balancier. « Historiquement, lorsqu’il y a eu une avancée envers les minorités, il y a eu un retour de bâton. » Ces dernières années, depuis le mouvement “Me Too” en 2017, les discours misogynes sont de plus en plus fréquents.






