Marketing alimentaire : les influenceurs du menu

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Un jeune Canadien serait exposé chaque année à entre 1 500 et 9 000 publicités d’aliments et de boissons sur les réseaux sociaux, majoritairement pour des produits de faible valeur nutritive, selon l’Association pour la santé publique du Québec. (Photo : Vicky Dallaire) 

Exposés à des milliers de publicités alimentaires chaque année, les jeunes grandissent dans un environnement façonné par des stratégies de marketing qui normalisent les produits sucrés et ultra-transformés. Ces campagnes, qui orientent leurs choix alimentaires, suscitent l’inquiétude des spécialistes quant à leurs effets sur la santé et le développement des enfants. 

L’intérêt des jeunes pour les produits transformés ne se construit pas seulement dans les rayons d’épicerie. Il s’alimente surtout de leur présence constante sur les médias sociaux, où les contenus promotionnels se fondent dans le flot quotidien. 

« L’exposition des enfants et des jeunes passe grandement par les influenceurs », constate Géna Casu, chargée de projet au Collectif Vital de l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ). « Ce qui les différencie des autres supports, c’est la diversité et la subtilité de leurs stratégies publicitaires. » 

L’organisme a d’ailleurs lancé une initiative visant à mieux protéger les jeunes enfants face aux stratégies de marketing d’influence en ligne. 

« Ils sont exposés à de la publicité qui ne les cible pas directement, mais qui est conçue pour des adolescents, voire de jeunes adultes. Un enfant commence à reconnaître l’intention commerciale d’une publicité vers l’âge de 12 ans. Son esprit critique se développe, sans toutefois être pleinement acquis », précise-t-elle. 

Certaines catégories de produits sont particulièrement mises de l’avant. Les recherches de l’ASPQ démontrent que les boissons sucrées et énergisantes occupent une place importante dans les contenus promotionnels. 

« C’est souvent promu par des athlètes très suivis sur les réseaux sociaux. Les enfants vont vouloir essayer, parce qu’ils perçoivent davantage cela comme un “conseil d’un ami” », explique Géna Casu. 

Or, les risques associés à une consommation élevée de produits sucrés sont bien documentés et peuvent se manifester dès l’enfance ou à l’âge adulte. « Il y a en effet le surpoids et l’obésité, mais aussi d’autres problématiques, notamment les maladies cardiovasculaires ou les caries dentaires liées aux boissons sucrées », ajoute-t-elle. 

Les produits ultra-transformés occupent une place importante dans les boîtes à lunch. (Photo : Vicky Dallaire)

Influence dans la cour d’école  

L’influence ne se limite pas aux écrans. Elle se prolonge jusque dans les boîtes à lunch et les dynamiques sociales notamment à l’école. 

Les enfants qui adoptent une alimentation perçue comme différente peuvent parfois se sentir à l’écart en raison du contenu de leur boîte à lunch. 

Martine Bélanger à Saint-Hyacinthe, mère de deux enfants, 8 et 14 ans, en a fait l’expérience lorsqu’elle a tenté de réduire la place des produits sucrés dans leur alimentation. 

« Mes enfants me disaient : “Je ne suis pas comme tout le monde. Moi, je n’ai pas la nouvelle barre-tendre. Pourquoi je ne mange pas comme eux?” Mais dans leur boîte à lunch, c’était que de la malbouffe », raconte-t-elle. 

Selon elle, les industries alimentaires misent aussi sur des stratégies plus traditionnelles, comme des emballages attrayants et colorés, pour capter l’attention des jeunes. « Ils mettent des personnages de Walt Disney, par exemple et ça crée un effet de cohésion. Les enfants, en général, veulent avoir ce qu’ils n’ont pas. » 

L’influence des autres à l’école a finalement eu raison de ses convictions. « J’ai fini par lâcher prise pour le bien de mes enfants. » 

Encadrement à venir

L’Office de la protection du consommateur est déjà sur le coup. 

« On réfléchit à des manières de contrer, entre autres, la mauvaise alimentation et la malbouffe, qui cible les enfants de moins de 13 ans », a confirmé le porte-parole de l’OPC, Charles Tanguay. 

Selon lui, les parents doivent avant tout responsabiliser et sensibiliser leurs enfants concernant les différentes stratégies d’influence sur les médias sociaux. 

« Pensez à toutes les céréales trop sucrées. Comment c’est facile pour un enfant de convaincre ses parents pour avoir telle ou telle sorte de céréales. », conclut-il. 

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