Votre nez choisit-il vos amis ?

Alexandra Bachand est créatrice de parfums et a fondé sa maison de parfums il y a une dizaine d’années à Magog. (Crédit photo : Tirée d’Instagram – lagrangeduparfumeur)
Quand vient le temps de se faire des amis, les odeurs corporelles auraient autant d’impact sur la relation que l’âge, l’éducation, la culture, les valeurs ou l’apparence physique.
Une étude publiée en 2022 dans Science Advances intitulée « There is chemistry in social chemistry » (Il y a de la chimie dans la chimie sociale) suggère que, sans en avoir conscience, nos odeurs auraient autant d’impact que les similarités « de base » qu’on tente de trouver chez un nouvel ami.
Selon le professeur au Département d’anatomie à l’UQTR et expert en odorat, Johannes Frasnelli, tout passerait par nos émotions. « [L’odorat] nous rappelle les souvenirs de façon vraiment intense, donc on a des souvenirs qui sont très émotionnels qui peuvent être évoqués par des odeurs », explique-t-il.
« L’odeur corporelle de ton ou de ta partenaire va probablement être quelque chose d’assez agréable tandis que la même odeur sentie par une autre personne peut être plus neutre ou même désagréable. » Mais alors est-ce que nous aimons une odeur parce qu’elle nous rappelle un bon souvenir ou nous aimons les choses parce qu’elles ont une bonne odeur ? « Probablement que c’est une combinaison de ces facteurs-là », en déduit M. Frasnelli.

Johannes Frasnelli est un neuroscientifique et médecin ayant étudié en Autriche et séjourné en Allemagne et aux États-Unis pour des recherches. (Photo fournie par Johannes Frasnelli)
Pour Alexandra Bachand, artiste parfumeuse et créatrice de la maison de parfums La Grange du Parfumeur, la perception d’une odeur varie d’une personne à l’autre. « Qualifier une odeur, c’est nécessairement subjectif […] parce que la façon dont chacun perçoit les odeurs, ça peut vraiment psychologiquement varier d’une personne à l’autre. »
En fait, nos sens ont tous une partie propre à eux dans le cerveau qui traite leurs informations. Par exemple, M. Frasnelli explique que tout ce qu’on voit sera traité exclusivement par la région visuelle de notre cerveau. Pourtant, notre odorat, lui, est traité dans la région du système limbique, une région qui a d’autres fonctions comme les émotions, les souvenirs et la mémoire.
Se parfumer, c’est comme se maquiller
Si notre odeur naturelle envoie en continu des informations aux gens autour de nous, se parfumer pourrait modifier la perception qu’ils ont de nous. Le parfum pourrait aussi masquer certains signaux olfactifs qui participent à la chimie naturelle entre deux personnes. En revanche, le parfum peut aussi devenir une sorte de signature qui rappelle aux autres des souvenirs, qu’ils soient bons ou mauvais.

Environ 95% des hommes français de 18 à 25 ans se parfument, selon une étude réalisée en 2025 par Ipsos. (Crédit photo : Alexis Auclair)
De plus, Alexandra Bachand remarque que chez les jeunes, se parfumer est plus un effet de mode qu’une recherche d’identité personnelle. « Les jeunes se parfument très tôt […] mais cette tranche d’âge-là, ce qu’ils cherchent, c’est d’avoir le parfum que tout le monde achète, explique-t-elle. Au secondaire, on fait comme tout le monde. On s’habille comme nos pairs, on se parfume comme nos pairs. »






