La téléréalité garde la cote au Québec auprès des jeunes

Il existe autour de 115 émissions ou concepts d’émissions différentes au Québec.
(Photo : Émile Beauséjour)
Les téléréalités du genre Occupation Double ou Big Brother Célébrités continuent d’être populaires au Québec et ce, malgré la montée grandissante des plateformes numériques telles que Netflix et Amazon Prime. Étonnamment, les jeunes suivent cette tendance télévisuelle.
Selon une étude publiée en novembre 2025 par l’Observatoire de la culture et des communications de l’Institut de la statistique du Québec, les sites de diffusion en continu n’ont jamais été aussi populaires. Près de trois Québécois sur quatre âgés de 15 ans et plus vivent dans un ménage abonné à une plateforme de diffusion numérique étrangère, alors que 67 % sont abonnés à la télévision traditionnelle. Seulement 28 % ont accès à une plateforme québécoise de diffusion numérique.
Malgré cette concurrence, les téléréalités réussissent toujours à rejoindre les jeunes. Selon une enquête réalisée par l’Université du Québec à Montréal (UQAM) sur les pratiques de visionnement des 18-24 ans au Québec, 16 % des répondants avaient regardé Occupation Double et 13 % avaient regardé Big Brother Célébrités au cours des trois mois précédant l’enquête.
Pour Pierre Barrette, professeur à l’École des médias de l’UQAM, cette popularité peut notamment s’expliquer par la pseudo-proximité entre les candidats et le public. « Les gens ont l’impression de voir quelque chose qui est le prolongement de leur propre vie », explique-t-il.
Ce lien fictif affecte bel et bien l’expérience des jeunes consommateurs des émissions. Pour Flavie Côté, qui est âgée de 16 ans, le fait de regarder ce genre de contenu lui procure du plaisir. « J’aime les émissions où il y a du drame, j’ai l’impression d’être présente pendant leur chicane. »
Une différence numérique
Cette proximité ne s’arrête toutefois pas lorsque l’émission se termine. Les réseaux sociaux permettent maintenant aux téléspectateurs de continuer à suivre les candidats dans leur quotidien et de garder un lien avec eux en tout temps.
Cette réalité est bien différente de celle vécue par Étienne Gagnon, ancien participant à Loft Story en 2006. À l’époque, les réseaux sociaux n’avaient pas la place qu’ils occupent aujourd’hui. Pourtant, il se souvient que certains téléspectateurs avaient développé un sentiment de proximité avec les participants. « Les gens, ils ont l’impression que c’est eux, qu’ils se voient à la télé. Après l’émission, ils pensent qu’ils nous connaissent à cause qu’ils nous ont regardé pendant l’émission », raconte-t-il.
À l’époque, cette proximité pouvait même continuer dans la vie de tous les jours. Le Saguenéen explique qu’il était régulièrement reconnu dans la rue après son passage à l’émission. « Aujourd’hui, je me fais beaucoup moins reconnaître, mais mon expérience à Loft Story reste encore présente dans les souvenirs de certaines personnes. »

Après sa participation à l’émission, Étienne Gagnon a continué son BAC en arts multidisciplinaires à l’UQAM. Il est maintenant comédien et pompier à Montréal.
(Photo : Agence Besse)
La différence avec les téléréalités d’aujourd’hui se trouve aussi sur les réseaux sociaux. Les candidats peuvent continuer à partager leur quotidien avec leur public après la fin d’une émission. Pour M. Barrette, cette relation entre les candidats et les téléspectateurs pourrait contribuer « à maintenir l’intérêt envers les émissions ».
La téléréalité semble avoir réussi à s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation. Même si les Québécois disposent aujourd’hui de beaucoup plus de choix pour se divertir, les émissions actuelles continuent de rejoindre leur public. « La proximité avec les candidats et les discussions qui entourent les émissions permettent à la téléréalité de conserver une place importante dans le paysage québécois », réitère Pierre Barrette.






