À Jonquière, se déplacer sans voiture se paie en temps

Un trajet en voiture en vaut le triple à pied. (Photo : Google Maps et Diego Pinto de Queiros.)
À Jonquière, un même trajet se fait en 15 minutes en voiture, 21 à vélo… mais 1h09 à pied, selon Google Maps. Dans une ville pensée pour l’automobile, se déplacer autrement devient une course contre la montre pour les jeunes qui n’ont pas d’autres choix.
Chronomètre en main, La Pige a suivi Jacob Gravel, un jeune sans voiture. Nous le retrouvons un dimanche matin au parc de la Charente, direction, le Cégep de Jonquière. Après 12 minutes de marche, nous y voilà, le même trajet aurait seulement pris 3 minutes en voiture.
« Oui, ça fait marcher, mais on peut découvrir la ville », relativise Jacob. Sur le chemin, des trottoirs dégradés, parfois inexistants, nous obligent à marcher sur la chaussée, à côté des voitures.
Nous décidons de prendre le bus 36 qui, selon l’application Transit, prévoit un départ à 10h19. Le bus arrive pour 10h23, soit 4 minutes de retard, en plus d’attendre à l’abribus, mais l’étudiant fait remarquer qu’en hiver… « 4 minutes de retard, dehors, ce n’est pas la même chose ».
Huit minutes de bus plus tard, nous arrivons au terminus de Jonquière. Nous repartons pour le Cégep, à vélo, via le parc de la Rivière-aux-Sables. Son statut étudiant lui donne droit à 45 minutes de vélo de la STS gratuites par jour, largement assez pour une balade de retour au départ du terminus.
Bilan du voyage : une heure dix pour un parcours qu’une voiture aurait bouclé en une vingtaine de minutes.

Selon Jacob, les heures de passage des bus ne représentent pas la réalité des utilisateurs. (Photo : Diego Pinto de Queiros)
Avec plus de 215 km², Jonquière, l’un des trois arrondissements de Saguenay, est bien trop vaste pour qu’un piéton en rejoigne tous les secteurs. Le directeur général de Tracé, le centre de gestion des déplacements du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Justin Carrier, nuance ce constat. « C’est sûr que c’est un peu plus compliqué, mais les transports alternatifs sont bien présents. »
Des solutions existent pour desservir les points importants de la ville, comme le signale la conseillère à la mobilité durable du Cégep de Jonquière, Catherine Dufour-Rannou. « Nous mettons à disposition 7 à 8 vélos en libre-service, des places de stationnement réservées au covoiturage avec Amigo Express, et les bus de la STS (Société de transport du Saguenay) circulant dans la ville. »
« C’est gratuit pour les étudiants, ce qui est un net avantage », affirme Syrine Drevet, étudiante, au sujet du programme Accès Libre de la STS. En réalité, celui-ci est facturé 44 $ à l’inscription au Cégep pour les sessions d’automne et d’hiver. Un tarif qui reste bien inférieur au laissez-passer mensuel adulte, à 83,50 $ par mois, selon le site officiel de la STS.

Vélos en libre-service et autobus : les deux alternatives à la voiture proposées par la STS. (Photos : Diego Pinto de Queiros)

Pour Justin Carrier, les jeunes ne sont pas les seuls en difficulté. Les personnes à faible revenu et les aînés le sont aussi, mais certains en font même le choix. « Je connais des gens qui ont décidé d’abandonner la voiture et de demeurer à Jonquière sans automobile. » Un choix que partage Mme Dufour-Rannou. « Il faut, petit à petit, changer les esprits et cesser de voir la voiture comme le seul moyen de se déplacer. Essayer les transports en commun crée des liens sociaux et améliore la santé physique et mentale. »
De cette expérience au plus proche des concernés reste ce constat : un jeune sans voiture économise son argent, mais le paie de son temps.






