L’IA, nouvelle arme des fraudeurs en cryptomonnaies

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Jean Philanthrope sur TikTok

Les comptes TikTok et Instagram de Jean Philanthrope totalisent plus de 500 000 abonnés.
Photo : Alexis Auclair

Des internautes ont été victimes d’arnaques à la cryptomonnaie par des personnages surréalistes comme Jean Philanthrope. Ces influenceurs générés par intelligence artificielle ont enflammé les réseaux sociaux le mois dernier.

Les fraudeurs utilisent la technique du pump and dump. Elle consiste à créer un jeton virtuel et acheter une grande part de celui-ci pour revendre le tout dès qu’il atteint une certaine valeur. Ils le font à l’aide de memecoins qui sont des jetons aux noms de tendances sur les réseaux sociaux.

Le directeur des relations médias pour l’Autorité des marchés financiers (AMF), Sylvain Théberge, soulève une problématique avec les AI memecoins. « Les dossiers qu’on avait antérieurement sur le pump and dump, il y avait au moins un individu ou une organisation en arrière de ça. Là, Jean Philanthrope, c’est un produit de l’intelligence artificielle. Qui est-ce que vous poursuivez ? »

Autre problématique, l’intelligence artificielle permet de créer extrêmement rapidement du contenu. Plusieurs autres influenceurs artificiels, comme Archibald Brown ou Jade Orlhabite, ont repris la même stratégie que JEANPHIL. « On ferme une organisation, elle rouvre quelques jours plus tard sous une nouvelle identité, explique Sylvain Théberge. C’est un puits sans fond. »

 

Courbe de progression JEANPHIL

Le 9 octobre, le jeton JEANPHIL enregistrait un volume d’échange de 8 757 859 $ US alors que trois jours plus tard, ce même montant chutait à 1 971 208 $ US.

Capture d’écran : CoinGecko (2 novembre 2026)

 

« [Un memecoin] ça dure généralement entre un à cinq jours. […] Ce n’est pas fait pour les bonnes intentions de base, explique Gabriel Paquet, investisseur en cryptomonnaies. La plupart du temps, c’est le monde qui profite d’une blague qui a été créée sur Internet. » La différence avec les influenceurs comme Jean Philanthrope, c’est que les personnes derrière les comptes sont les mêmes que derrière les cryptomonnaies.

Tomber dans le panneau

Selon le représentant de l’AMF, investir en cryptomonnaie comporte tous les drapeaux rouges. « On a vu des gens se faire approcher qui se faisaient dire 30 % de rendement par mois garanti. Ça n’existe pas. Ça ne se peut pas. Si ça se pouvait, tout le monde serait millionnaire », explique-t-il. Selon une enquête de l’Ontario Securities Commission publiée cet été, ce sont 25 % des Canadiens qui détiennent des actifs en crypto, contre 10 % en 2023.

 

Cryptomonnaies

Seulement en 2025, 11,6 millions de cryptomonnaies différentes ont échoué sur GeckoTerminal d’après CoinGecko.

Photo : Alexis Auclair

 

La professeure à l’UQÀM au département des sciences comptables spécialisée en cryptomonnaies, Mélissa Fortin, remarque que les pratiques autour des cryptos ont complètement changé. « À la base, [le Bitcoin] est supposé être un système de paiement. Ce qu’on en a fait 15 ans plus tard, ce n’est vraiment pas ça. […] La majorité le voit vraiment comme un véhicule d’investissement. » Elle trouve aussi qu’une trop grande partie des gens qui investissent en cryptomonnaies le font davantage par peur de manquer l’occasion de devenir riche.

Toute la valeur de ces jetons virtuels repose sur la loyauté commune des investisseurs selon Gabriel Boulanger, investisseur en crypto et associé de Gabriel Paquet. Il compare cette même confiance à celle de notre monnaie.  « L’argent de base ne vaut rien. C’est du papier. »  D’après les deux associés, faire de l’argent dans la cryptomonnaie a l’air simple de l’extérieur.

Une offre alléchante pour les portefeuilles de néophytes qui se doivent de rester vigilants. « Le conseil qui a le plus émergé [chez les planificateurs financiers], c’est d’avoir maximum 5 % de son portefeuille en crypto pour avoir une belle diversification », rappelle Mélissa Fortin.

 

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Alexis Auclair La Pige