Le sampling : l’art de faire du neuf avec du vieux

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Dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, l’échantillonnage musical est moins utilisé. Photo : Nicolas Lacasse

De Claude Léveillé à Kanye West, ou même de Ginette Reno au rappeur québécois SeinsSucrer, l’échantillonnage musical (sampling), demeure une technique tendance chez les producteurs, tant au Québec, qu’ailleurs dans le monde, mais reste méconnu pour le public. 

Le sampling ne date pas d’hier. Cette technique musicale connue depuis les années 80, consiste à récupérer un extrait sonore d’un enregistrement préexistant pour l’incorporer à une nouvelle composition. 

À titre d’exemple, dans le morceau À Montréal de Connaisseur Ticaso (2007), plusieurs reconnaîtront les sonorités de la chanson Montréal de Beau Dommage (2005) derrière la production rap. La même chose se passe avec le rappeur réputé de La Nouvelle-Orléans, Curren$y, qui s’est inspiré de Fiori Séguin (1978) pour concocter Ventilation (2011). 

Nicholas Craven a fait appel aux rappeurs américains Stove God Cooks, Boldy James, Evidence, Navy Blue, E L U C I D, Pink Siifu, Your Old Droog ainsi que le Québécois Connaisseur Ticaso pour son nouvel album. Photo : Facebook de Nicholas Craven

Nicholas Craven a entre autres fait appel aux rappeurs américains Stove God Cooks, Boldy James, Evidence ainsi que le Québécois Connaisseur Ticaso pour son nouvel album. Photo : Facebook de Nicholas Craven

Pour le producteur renommé de Gatineau, Nicholas Craven, c’est avant tout un travail de recherche minutieux. « Soit on va dans les disquaires acheter des vinyles, soit on achète des fichiers audios, explique-t-il. Pour trouver et essayer un nouveau sample, je regarde d’abord les détails de la couverture du projet. S’il y a du sang avec des têtes de mort, c’est plus du rock-métal, mais si c’est un groupe de personnes qui ont l’air de groover, je sais qu’il y aura des sonorités dances et up-tempo. » 

Le beatmaker, qui a dévoilé son album Craven N 3 le 18 février dernier, se décrit moins comme un musicien technique, il recherche plutôt un sentiment unique. « Je travaille sur le logiciel de musique Ableton depuis 12 ans et je dirais que je connais seulement 2 % du programme. Je recherche plus le feeling du moment », confie l’artiste qui a travaillé avec de grands rappeurs américains dans la dernière année. 

Le chroniqueur musical Félix B. Desfossés, croit pour sa part que cette technique, qui a fait ses preuves, sera une forte tendance dans les prochaines années. 

« J’étais en tournée pour l’émission Bande à part de Radio-Canada, c’était en 2007. Il y avait DJ Horg, Mash et Boogat qui étaient des énormes producteurs à l’époque et c’est eux qui m’ont introduit au sampling, raconte-t-il. Ils m’expliquaient que plusieurs groupes québécois des années 70, 80 et 90 ont été sélectionnés par des géants de la musique. Il y avait notamment les Beasties Boys qui ont repris le groupe rock Sloche. » 

Quelques années plus tard, c’était au Zoo Bizarre à Montréal que se déroulaient des sessions instrumentales où des artistes comme KNLO, Vlooper et Kaytranada pratiquaient cet art. 

Musique d’ambiance 

Ce n’est pas seulement des segments mélodieux que les artistes adoptent. Récemment, Hubert Lenoir s’inspirait d’enregistrements audio qu’il a lui-même captés à partir de son téléphone, pour l’introduire dans son album PICTURA DE IPSE : Musique directe.  

Hubert Lenoir a dévoilé 13 septembre dernier son deuxième album solo de 20 titres intitulé PICTURA DE IPSE : Musique directe. Photo : Facebook d’Hubert Lenoir

Hubert Lenoir a dévoilé 13 septembre dernier son deuxième album solo de 20 titres intitulé PICTURA DE IPSE : Musique directe. Photo : Facebook d’Hubert Lenoir

On retrouve d’ailleurs des conversations, des bruits de machines ou même des sons d’estomac. « C’est ça qui est intéressant avec cette méthode, c’est qu’on peut s’inspirer de n’importe quoi », résume Félix B. Desfossés.

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