L’appel à l’aide des travailleurs sociaux

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La pandémie a été difficile pour les travailleurs sociaux. Ils ont cependant encore des défis à surmonter. (Photo : Jérémy Trudel)

 

Délinquance, violence conjugale, dépression, catastrophe, suicide. Ce ne sont que quelques-unes des réalités auxquelles les travailleurs sociaux sont confrontés au quotidien. L’exposition à toute cette souffrance, de plus que les conditions inhabituelles qu’ont vécues ces travailleurs pendant la pandémie, peut occasionner chez certains intervenants des troubles psychologiques. D’autres sont simplement épuisés de leur train de vie infernal. Une situation qui, malheureusement, en décourage plusieurs.

« Nous, on fait ça parce qu’on aime ça! On veut aider les gens, mais pour ça, il faut être capable de s’aider soi-même. » C’est ce qu’explique la travailleuse sociale de formation, Nataly Séguin, elle-même entre une formation et un rendez-vous.

Actuellement trésorière à l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), elle renchérit en disant que la plupart des travailleurs du milieu public sont surchargés. Une situation qui nuit d’ailleurs énormément à la santé mentale des travailleurs. « Quand tu vis toujours la pédale au fond, à moment donné, c’est certain que tu vas frapper un mur. C’est inévitable », avance Mme Séguin.

Plusieurs intervenants ont également quitté le réseau pour différentes raisons et ceux qui ont demeuré ont dû redoubler d’ardeur pour maintenir cette gigantesque machine en marche.

Nataly Seguin est d’avis qu’une aide supplémentaire doit être apportée au travailleurs sociaux. (Photo : Jérémy Trudel)

La pandémie, toujours la pandémie

L’une de ces raisons est la pandémie de Covid-19. Comme plusieurs des travailleurs du milieu de la santé, les intervenants en services sociaux ont été projetés dans l’action.

Pour certains d’entre eux, c’était un milieu qui leur était inconnu et qui a causé beaucoup de détresse psychologique. Être confronté à la mort de si près avec une clientèle qui ne leur est pas familière a déstabilisé les travailleurs. Pour ceux qui approchaient de la retraite, c’était également un élément décisionnel pour quitter prématurément la profession.

Mme Séguin critique également le traitement réservé aux intervenants pendant et après la pandémie.

« Nous sommes conscients que le gouvernement avait des dossiers importants à régler. Les opérations d’urgence, la protection de la jeunesse. On ne peut pas arrêter ça. Ce qu’on dénonce, c’est que nous sommes devenus une sous-priorité », explique-t-elle.

« Ce qu’on entend sur le terrain, c’est que la priorité, c’est la santé, toujours le médical. Ça fait 16 ans que je suis travailleuse sociale et ça fait 16 ans que j’en entends parler. Quand allons-nous enfin inclure les services sociaux comment une priorité? », s’alarme l’intervenante.

 

S’aider pour mieux aider

Outre la pandémie, d’autres facteurs peuvent engendrer des troubles psychologiques chez les intervenants. Professeures au département des Sciences humaines et sociales à l’Université du Québec à Chicoutimi, les docteures Danielle Maltais et Ève Pouliot ont mené des études sur ce que peuvent vivre les intervenants à force de travailler constamment auprès de gens en détresse.

Ces études permettent de démontrer que les travailleurs sont également des êtres humains qui, malgré leur expertise, peuvent également souffrir et avoir besoin d’aide externe. « Les gens ont l’impression que l’intervenant est un superhéros. Il ne peut pas se permettre d’avoir des vulnérabilités, de vivre des difficultés », explique Ève Pouliot.

Sa collègue et elle sont d’avis que les organisations qui emploient les travailleurs doivent être davantage à l’écoute des besoins de ceux-ci. « Selon moi, les organisations ont un rôle plus grand à jouer que les valeurs personnelles. Je comprends qu’elles font avec ce qu’elles ont (ressources limitées, pénurie de personnel), mais elles doivent prioriser le contact direct avec leurs intervenants », insiste Danielle Maltais.

« On a souvent tendance à reporter la responsabilité sur les individus. Si le contexte organisationnel ne permet pas de prendre soin de soi et d’établir ses limites, c’est voué à l’échec » ajoute Ève Pouliot.

 

Bien préparer la relève

 

En prenant en compte la situation actuelle en plus des difficultés potentielles toujours présentes dans le métier, tous s’entendent pour dire que c’est une priorité de bien éduquer les futurs intervenants. L’UQAC présente d’ailleurs un cours obligatoire pour préparer les étudiants. Le cours « Intervention en situation de crise » est facultatif dans les autres universités. Cependant, pour Dre Maltais et Dre Pouliot, c’est important que les jeunes soient conscients de ce qu’ils peuvent ressentir lorsqu’ils entreront sur le marché du travail.

 

« Prendre soin du service »

 

Nataly Séguin partage cet avis. Elle croit que l’avenir de la profession passe entre autres par une relève bien sensibilisée aux réalités du métier. Cependant, elle demeure inquiète lorsqu’elle se projette dans le futur.

« J’ai peur. J’ai peur de ce qui s’en vient pour mon métier. J’ai peur quand je regarde ce qui se passe en ce moment, les gens qui quittent, le manque de ressources. Notre outil de travail, c’est nous. Si on ne peut pas s’aider soi-même, comment est-ce qu’on est censé aider les gens? », se désole en terminant la travailleuse, avant de retourner au boulot.

 

 

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