Un vent de fraîcheur international dans les églises

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La cathédrale Saint-François-Xavier de Chicoutimi a une capacité d’accueil de 1400 personnes. De nos jours, si une centaine de fidèles foule la place, il s’agit d’un bon dimanche. (Photo : Olivier Joly)

La majorité des bancs sont vides, le silence règne, mais la maigre assemblée de croyants l’interrompt de temps à autre; c’est la réalité dans les églises au Québec depuis plusieurs décennies. Cependant, depuis quelques années à Chicoutimi, dans les coulisses de la cathédrale Saint-François-Xavier, une jeunesse internationale amène un vent de fraîcheur dans la communauté chrétienne.

Parmi ces nouveaux arrivants pour qui la religion est essentielle se trouve un Togolais nommé Pierre Agbotro. L’Africain d’origine est marié et père de trois enfants. Il est venu s’instruire à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), en espérant une vie meilleure pour lui et sa famille, qui elle, est demeurée de l’autre côté de l’océan. 

«Mon départ, ça n’a pas vraiment été aisé. Quitter toute ma famille, mes enfants, pour venir ici, ça a quand même été un coup dur. Quand je suis arrivé, ce n’était pas facile. Des fois encore, il m’arrive de verser des larmes en passant aux miens», partage-t-il, très ému. 

Pierre Agbotro accorde une importance particulière à sa foi chrétienne. Il est un fidèle pratiquant depuis son enfance. (Photo Mickaël Meunier)

Pour contrer sa solitude, le doctorant en sciences de l’éducation s’est rapidement joint à la communauté religieuse nichée au centre-ville de Chicoutimi dont les activités sont principalement tenues au sein de la cathédrale Saint-François-Xavier. Sa rencontre avec d’autres arrivants lui a permis de bâtir un nouveau cercle social en sol saguenéen.  

C’est entre autres par l’entremise de messes multiculturelles, tenues mensuellement, que l’homme a pu connecter avec un groupe adhérant plus à sa culture d’origine. 

Des messes multiculturelles 

Organisées depuis déjà plusieurs années, ces célébrations interculturelles par rapport aux traditionnelles messes célébrées en église sont le jour et la nuit. Chants, musique, petits pas de danse et animation vivante, tout contraste avec le cadre rigide d’un sermon habituel.  

« Déjà, dans la préparation d’une célébration interculturelle, il y a le plaisir de se retrouver. C’est la joie, c’est la fête, c’est toute la dimension d’avoir le plaisir d’être ensemble », commente le prêtre-modérateur Denis Côté. 

Une chorale accompagnée d’une pluralité d’instruments rend l’ambiance vivante lors de la célébration interculturelle. Des chants religieux en langues africaines sont souvent proposés pour agrémenter la messe. (Photo : Olivier Joly)

Cette offre spirituelle répond aux besoins des croyants issus de l’international puisqu’ils subissent un véritable choc lors de leur première visite en lieu de culte québécois.  

« Chez nous, quand on arrive à la messe le matin, on voit beaucoup de monde, un mélange de jeunes et de personnes âgées. Ici, quand je suis arrivé, c’étaient plus des personnes âgées et je ne comprenais pas. Je me suis dit : il n’y a pas de jeunes dans cette ville  ? », se rappelle Jairus Opoungui, un jeune homme natif du Congo-Brazzaville. 

Cette réalité n’est pas surprenante pour ceux qui sont impliqués au diocèse de Chicoutimi. « Qu’on le veuille ou non, nos églises vieillissent de plus en plus. On n’a pas de relève, alors évidemment, les têtes sont blanches, les têtes sont dégarnies et les jeunes se retrouvent moins », admet M. Côté. 

Plus qu’un moment spirituel 

Après chaque rassemblement multiculturel, les fidèles se réunissent au sous-sol de la cathédrale de Chicoutimi pour partager un repas.  

« Pour les jeunes internationaux, la dimension communautaire et fraternelle est très forte. Après chaque célébration, chacun s’engage à apporter une partie du repas. Personne ne demande un montant d’argent. Au fond, il y a une dimension familiale qui est fort importante », soulève Denis Côté. 

Denis Côté est prête-modérateur responsable de l’unité pastorale de Chicoutimi-Laterrière et de l’unité du fjord au diocèse de Chicoutimi. (Photo : Olivier Joly)

Cet instant d’échange permet également à plusieurs d’apprendre à se connaître. « Quand tu arrives ici, se faire des amis, ce n’est pas évident au départ parce que tous les groupes sont déjà faits. En venant aux messes multiculturelles, il y a un maillage qui se fait », illustre Alfred Banoua, un Centrafricain de naissance.  

L’initiative des réunions mensuelles, qui a été mise sur pause pendant la pandémie, est à perpétuer selon les dires de la majorité. Tous s’entendent pour dire que le projet est un pas dans la bonne direction pour ranimer l’engouement des jeunes envers la foi.  

« Les jeunes aujourd’hui, s’ils sont comme moi, aiment quand ça bouge, quand c’est animé. C’est exactement ce que l’expérience de la messe interculturelle propose. Je pense que ça peut-être une belle porte d’entrée », convient la Camerounaise Myrianne Necdem Nanfa. 

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