Bientôt 40 ans pour le Groupe sanguin

437
0
Partagez :

8Des souvenirs, des anecdotes et beaucoup de rires : voilà ce qu’il reste sous la poussière du Groupe sanguin, 40 ans plus tard. À travers seulement six années d’existence, quatre modestes étudiants et un enseignant du Cégep de Jonquière sont parvenus à marquer au fer rouge l’histoire de l’humour au Québec. Rouge sang, bien entendu. La Pige s’est entretenue avec deux de ses pierres angulaires.  

C’est à l’été 1984 que cette aventure des plus improbables prend son envol. Adeptes sans bornes de l’imprévu, une quinzaine de joyeux bouffons de Jonquière décident alors de profiter de l’engouement autour de leur ligue d’improvisation pour se lancer dans le stand-up comique.  

Pour ce faire, ils élisent le Café Chez l’Bedeau, aujourd’hui connu sous le nom du Côté-Cour, comme terre d’accueil. Rien de trop extravagant, puisque la salle ne compte qu’une centaine de places. Peu à peu, l’été progresse et le groupe prend forme, si bien que du lot, ils ne sont plus que six, puis seulement cinq : Dominique Lévesque, Marie-Lise Pilote, Dany Turcotte, Émile Gaudreault et Bernard Vandal. Le reste fait maintenant partie de l’histoire. 

« On arrivait à peine à se payer des timbres de chômage. On travaillait tout l’été à donner des shows six soirs par semaine. C’était toujours plein, mais il y avait juste 100 places. Je pense même qu’on avait pas le droit d’avoir 100 personnes. On en prenait plus parce que le service d’incendie était moins sévère dans ce temps-là », se remémore en riant Dany Turcotte. 

Dès lors, la curiosité et l’intérêt de la région pour le quintette grandissent à vue d’œil, propulsés par le bouche-à-oreille, mais aussi par la couverture médiatique locale. 

À quel point ?  

« Partout où il y avait un toit, on a joué je pense. Donc à moment donné, on s’est mis à plafonner », affirme-t-il. Un énoncé fort révélateur du succès du groupe. 

Une salle remplie de bleuets 

Une fois le Royaume conquis, les cinq humoristes décident de mettre le cap sur la Vieille Capitale pour y entamer leur prochain chapitre. Ils débarquent donc au Théâtre de la Bordée en plein mois de janvier, période creuse dans le milieu culturel, dans l’espoir de se faire connaitre. Intrigués par la venue du groupe, plusieurs journalistes se déplacent pour couvrir leurs premiers pas.  

Seul problème : aucun billet n’a été vendu. 

Question de ne pas perdre la face, le Groupe sanguin lance un appel… à l’Association des Bleuets de la Ville de Québec.  

« On leur avait tous donné des billets gratuits. Il y avait environ 200 personnes dans la salle. Ça riait, ça marchait, donc les journalistes ont dit que c’était un succès fou et que, à Québec, c’était rare que des gens réussissent à remplir des salles aussi tôt en saison », se rappelle Dany Turcotte, le sourire aux lèvres. 

Un coup risqué, mais finalement payant qui agira comme rampe de lancement pour le groupe qui recevra même une invitation au Festival Juste pour rire dans les mois suivants. Ils y feront finalement un passage écourté par une querelle avec Gilbert Rozon.  

« On nous ont demandé de faire un numéro [de répétition] pour les caméras, en nous disant de ne pas trop nous forcer, qu’on avait pas besoin d’en mettre autant que d’habitude. On était jeunes, on avait pas d’expérience, donc on en a vraiment pas mis beaucoup, tellement qu’ils nous ont dit après la répétition : ”Votre numéro est pas prêt, on peut pas passer ça au Festival Juste pour rire” », se remémore le Jonquiérois de 58 ans. 

Un vent de fraicheur 

En unissant ses forces et en conservant la touche respective de ses membres, le Groupe sanguin se démarque inévitablement par sa couleur qui révolutionne l’humour et ses mœurs de l’époque. 

Plus âgé et expérimenté, c’est Dominique Lévesque qui prend les rênes des volets créatif, technique et visuel, en plus de mener les démarches de spectacle pour la troupe. Il est également bien appuyé à ce niveau par Émile Gaudreault, qui prend rapidement goût à la mise en scène et à l’écriture.  

Les membres du Groupe sanguin, en compagnie de Sylvie Bouchard, à leurs débuts. (Photo : Courtoisie)

« Dany, Bernard et moi, on nous appelait souvent les naturels, explique Marie-Lise Pilote en ricanant. Quand on arrivait sur scène tous les trois, on faisait rire facilement. Plus facilement qu’Émile et Dominique. Ils avaient un humour plus travaillé, étudié, très minutieux. » 

Dany Turcotte, lui, a une autre qualification tout aussi savoureuse pour témoigner de son éclatant personnage de scène. 

« Marie-Lise et moi, on était les deux niaiseux. On était les improvisateurs, ceux qui pouvaient réagir sur scène spontanément très facilement, chose qu’Émile et Dominique n’étaient pas capables de faire », soutient-il. 

Où sont-ils maintenant ? 

Après leur séparation en 1990, les cinq comiques s’investissent dans leur carrière respective.  

Grand complice de Dany Turcotte, Dominique Lévesque décède tragiquement d’un arrêt cardiaque lors d’un voyage au Honduras en 2016.  

L’animateur, lui, se concentre désormais à l’écriture de sa biographie, tandis que Marie-Lise Pilote, jointe en Sicile, par La Pige, profite de sa semi-retraite pour voyager.  

Le duo demeure toujours très proche et se réunit de temps à autre, en plus de garder contact avec Émile Gaudreault. C’est d’ailleurs à ce dernier que s’est confié Dany Turcotte au moment de démissionner de l’émission Tout le monde en parle en 2021.  

Quant à lui, le réalisateur émérite poursuit ses succès derrière la caméra, alors que Bernard Vandal s’est expatrié en Italie pour orienter sa carrière dans le monde des marionnettes. 

Malgré que le Groupe sanguin célébrera son 40e anniversaire dans quelques mois, ses artisans avouent qu’il serait surprenant de voir le groupe faire un retour, comme cela avait été le cas le temps d’un Festival Juste pour rire en 2012. 

Partagez :
Avatar photo