Éducation sexuelle au Canada : un défi persistant

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La santé sexuelle chez les jeunes est un sujet de plus en plus abordé surtout avec l’augmentation de la violence dans les relations intimes. (Photo: Viviane Bisson)

 

Selon un rapport de Statistique Canada, publié en janvier 2024, seulement 39,6 % des jeunes Québécois ont déclaré obtenir des renseignements en matière de santé sexuelle à l’école, ce qui place la province en dernière position au pays. Une réalité préoccupante alors que 5 % des Canadiens âgés de 15 à 17 ans ont avoué ne pas avoir d’adulte à qui parler de la sexualité et de la puberté.

« C’est très inquiétant de savoir qu’autant de jeunes ne se sentent pas informé et que ce ne sont pas des sujets abordés », s’exprime l’intervenante sociale du CALACS du Saguenay, Julie Durand

Pour l’ensemble des adolescents canadiens, les sources principales sont l’école et les parents, avec respectivement 55,6 % et 51,2 %. Bien que les écoles fassent tout en leur pouvoir pour offrir une éducation sexuelle complète à leurs étudiants, le sujet reste délicat. « Les professeurs ne se sentent pas toujours à l’aise de parler de menstruation, de contraception et de première fois », mentionne l’intervenante sociale du CALACS du Saguenay.

Malgré les efforts du gouvernement pour établir des plans éducatifs, les enseignants apprécient l’aide de leurs collaborateurs et ce n’est pas l’intérêt des jeunes qui manque. « Nous sommes des partenaires en collaboration avec les équipes-écoles selon l’approche-école en santé. Lorsque nous participons aux cours d’éducation à la sexualité, cela semble être très apprécié par la majorité des élèves et la participation est en général élevée », affirme l’infirmière clinicienne Sophie Martin.

Les expertes sont d’accord pour dire que ce n’est pas évident non plus pour tous les parents d’aborder ce sujet. Plus les années avancent, plus le sujet de la sexualité entre dans les normes. Avec les podcasts, les médias et les livres, il y a une certaine ouverture qu’il n’y avait pas auparavant. « Une bonne éducation sexuelle ça aide à avoir une vision positive de la sexualité. D’avoir une sexualité moins cachée, de connaitre les services offerts et les comportements sains », explique la sexologue Emmanuelle Blouin.

La troisième source la plus courante d’information pour les jeunes est internet, ce qui correspond à 45,9 % selon l’Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes (ECSEJ). Emmanuelle Blouin ajoute que cela pourrait induire les adolescents en erreur. La sexualité reste souvent imprégnée de tabous et de fausses croyances. Les infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) sont malheureusement encore entourées de questionnements.

De fausse réalité

Selon la sexologue, la pornographie, qui est parfois prise en exemple ne reflète aucunement la réalité. Dans les faits, elle véhicule souvent des stéréotypes et des comportements irréalistes, créant des attentes déformées chez les individus. « La pornographie peut apporter des émotions négatives. Un adolescent pourrait avoir un stress de bien performer au lieu de se focaliser sur son plaisir et celui de son partenaire », souligne également la spécialiste.

CALACS

Le CALACS du Saguenay offre des ateliers dans les écoles secondaires de la région. Leur but est d’informer les jeunes pour qu’ils puissent réfléchir à leur manière de percevoir leur sexualité. « L’éducation sexuelle c’est aussi comprendre les relations saines, les actions qui sont des agressions, ça leur permet de faire des choix éclairés », relate Julie Durand.

Ça fait maintenant huit ans que ces ateliers sont donnés dans les écoles a affirmé Julie Durand. Les professeurs et les élèves participent et apprécient grandement ces activités. Ensuite, certaines élèves appellent même l’organisme parce qu’elles ont quelque chose à partager qu’elles ont vécu.

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