Violence envers les femmes : agir avant d’en subir

La violence physique est encore une triste réalité pour plusieurs femmes au Québec, mais il existe des moyens pour anticiper ces drames, souligne la directrice générale de la maison d’hébergement pour femmes La Chambrée, Annie Laviolette.
Sofia Lépine
« Il y a plein de signes qui nous amènent à se questionner », soutient Mme Laviolette. Identifier les drapeaux rouges dans les débuts d’une relation peut mener un individu à se retirer d’une situation potentiellement dangereuse.
D’après Mme Laviolette, il est important qu’une femme écoute son instinct, en particulier lorsqu’elle a l’impression que sa liberté est compromise. « Il y a beaucoup de femmes qui nous disent : “J’ai l’impression de toujours marcher sur des œufs, ce que je fais n’est jamais correct“ », témoigne la directrice générale.
Approximativement 40% des Québécoises de 18 ans et plus qui ont vécu une relation amoureuse ou intime ont subi au minimum un acte de violence de la part de leur partenaire, d’après l’Institut de la statistique du Québec. Cela représente environ 1 329 500 femmes.
Altercations dangereuses
Lors d’une querelle où la femme craint pour sa sécurité, il est mieux qu’elle reste calme, même si ce n’est pas toujours évident. Annie Laviolette avance que le meilleur réflexe dans ce contexte serait de prendre du recul et de ne pas contribuer à la dispute. « C’est plate, c’est pas ce qu’on souhaite, on souhaite être capable de nommer les choses, ajoute Mme Laviolette. La femme embarque dans une certaine zone de stratégie. »
Dans ce genre de situation, il est important d’aller chercher de l’aide. « Il ne faut pas rester dans cette impression-là, qu’on doit toujours acquiescer pour garder la paix », soulève la directrice générale. Les 46 maisons membres du regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale possèdent des ressources pour conseiller les femmes en questionnement, créer des scénarios de protection et les héberger au besoin.

Les cours d’autodéfense sont adaptés aux femmes de 12 ans et plus, de tous les niveaux. (Crédit photo : Sofia Lépine)
Reprendre confiance en soi
« Moi ce que je veux, c’est de leur donner de l’assurance », soutient Josée Pilote, propriétaire de L’École d’art martiaux Saguenay. Connaître quelques techniques de défense personnelle est une compétence qui peut parfois épauler une personne dans une situation menaçante. Cette école offre des cours d’autodéfense pour femmes. « Je veux leur donner des façons de se déprendre en cas de mauvaise situation […] On espère que ça arrive jamais, mais si l’occasion se présente, moi je leur donne des prises pour pouvoir se défendre », avance la propriétaire.
Récemment, une victime de violence conjugale a participé aux cours de Mme Pilote. « À la fin du troisième cours, elle est venue me voir et elle m’a dit : “Tu m’as vraiment aidée, tu m’as donné de l’assurance“ », témoigne la propriétaire. Cette cliente a suggéré à Josée Pilote de donner ses cours dans des associations de femmes violentées, persuadée que cela les aiderait à reprendre confiance en elles. « Ça m’a donné un petit velours », révèle-t-elle.
Le contrôle coercitif
Les actions subtiles de prises de contrôle progressives de la part d’un partenaire sont un indicateur important qu’une relation est toxique. Repérer ce genre de comportement n’est pas nécessairement facile, car il peut se déguiser en action bienveillante. « Il y a des femmes sur leur lieu de travail que leur conjoint va passer pour venir leur porter leur lunch et leur café, […] c’est pour s’assurer que leur femme est là », raconte Mme Laviolette. Ce geste peut sembler anodin, mais cache une intention malveillante dans le but de surveiller le quotidien de la femme en question.
« Le contrôle coercitif, c’est la nouvelle lunette à travers laquelle on regarde la violence », affirme Mme Laviolette. Une victime peut reconnaître qu’elle est sous un contrôle coercitif si elle se sent inconfortable dans sa relation, épiée et privée de liberté. Une femme qui en subit n’est pas nécessairement victime de violence physique. Cependant, reconnaître cette forme de manipulation peut la pousser à aller chercher de l’aide et sortir de cette situation d’une manière sécuritaire.






