L’école à la maison : « Notre quotidien est une mine d’or d’apprentissage »

Ryan a fréquenté un établissement scolaire de la maternelle à la 2e année.
L’enseignement à domicile est parfois la solution pour les enfants qui ne reçoivent pas les services adéquats à l’école pour leurs troubles d’apprentissage. C’est la raison qui a poussé Jessie Sasseville et son conjoint Simon Bouchard a retirer leur fils Ryan de son école, en août dernier.
« L’école nous a dit qu’il fallait attendre en 4e année pour une évaluation sur ses défis d’apprentissage. Il était en 2e année. Je pleurais avec sa professeure et elle m’a dit qu’il y avait d’autres solutions. »
Jessie Sasseville a changé son quotidien, celui de son conjoint et de ses enfants, en août dernier. Ils ont décidé de faire l’école à la maison pour leurs deux fils, Ryan, 8 ans et Noah, 6 ans. Avant cela, elle a travaillé pendant 12 ans comme éducatrice spécialisée à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). « Je travaillais de soir, je me suis rendu compte que je ne connaissais pas tant mes enfants. Aujourd’hui je suis travailleuse autonome et on est tout le temps ensemble. »
Selon l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED), environ 8 000 enfants québécois étaient inscrits à la Direction de l’enseignement à la maison (DEM), en 2023. En 2020, le nombre était de 12 000.
Pour les aider avec l’apprentissage des matières, Mme Sasseville a fait appel à une enseignante qui crée ses cahiers d’exercices. « Chaque mois a un projet », explique la mère. « Le premier mois, c’était un magazine. Les garçons ont appelé nos voisins pour faire des sondages et créer un diagramme à partir des réponses ! Toutes les matières sont présentes. »
Aucun cadran ne sonne le matin, c’est la vie rêvée pour Ryan. « Ce que je préfère, c’est de voyager », a-t-il raconté, dans le confort des bras de sa maman. « Quand on est allé dans le Vieux-Québec, raconte Mme Sasseville, un personnage sur place était en train de raconter l’histoire de la ville. Mes garçons ont tout de suite été captivés. On a transformé notre quotidien en mine d’or d’apprentissage. »
Gagner de la confiance en soi
Annie Lussier est orthopédagogue privée. Dans le cas des enfants qu’elle suit, elle a remarqué une différence entre ceux qui fréquentent un établissement scolaire et ceux qui font l’école à la maison : l’estime de soi.
C’est ce que confirme le petit Ryan. « J’étais bon à rien. J’aime mieux l’école à la maison, je réussis plus de choses. » Mme Sasseville se souvient de cette époque. « Il ne voulait plus lire, il ne voulait plus y aller. Il y a eu une très grosse démotivation. Il n’y avait pas de services non plus », a continué sa mère.

Annie Lussier est directrice de sa clinique privée, Clinique Apprendre. (Photo : Courtoisie)
Revenir sur les bancs de l’école
Salem Auclair et ses trois frères ont vécu une expérience différente avec l’école à la maison. Ils ont reçu un enseignement de leur mère, qui a toujours été une « bollée », selon lui.
À 14 ans, son dossier médical a révélé qu’il n’était pas inscrit dans le système scolaire. Il a donc été obligé d’obtenir son diplôme aux adultes, à 16 ans. C’était la première fois qu’il allait dans un établissement scolaire.
Cette première expérience est venue avec son lot de défis, selon Salem. « Au début, je découvrais plein de choses que je ne comprenais pas vraiment, comme les gens qui étaient populaires, ou encore ceux qui se parlent alors qu’ils ne s’aiment pas. Je m’habillais tout le temps en noir pour que les gens ne me remarquent pas. »

Il reste un an d’études au Cégep de Jonquière pour Salem Auclair. (Photo : Nayeli Chavez)
Mélanie Rivard* est orthopédagogue dans le Grand Montréal. Dans son école, certains arrêtent l’enseignement à domicile et reviennent à l’école. « J’ai un élève que j’ai été obligé de classer dans une classe d’adaptation scolaire, parce qu’il n’était pas au niveau de son âge. »
Ce qui a été le plus difficile pour ces élèves, comme pour Salem, c’est le respect des consignes. « Certains ne sont pas habitués à faire des devoirs non plus. Ils arrivent à l’école et le soir ils doivent étudier et faire des devoirs. Ça ne leur ressemble pas. » Selon elle, la tolérance à l’effort est difficile pour ces élèves. Des astuces peuvent être développées à l’école, mais elle ne peut pas les soutenir à la maison.
Le rapport de l’AQED de 2023-2024 a révélé que près de 3 000 enfants étaient représentés par elle. En 2020, elle en comptait 1 000 de plus.
*Prénom fictif par souci de confidentialité






