L’isolement des personnes handicapées face au manque d’accessibilité

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Quand le vent souffle, l’isolement frappe encore plus fort. En raison des deux tempêtes, les transports adoptés n’étaient pas en service. Léo et Joanne sont donc restés chez eux au lieu de pouvoir faire des activités extérieures. Une réalité qui reflète un problème plus large : selon Statistique Canada, en 2021, une personne en situation de handicap sur cinq déclare rencontrer « toujours ou souvent » des difficultés pour se déplacer en véhicules. Un chiffre qui résonne tout particulièrement dans la région, où le manque de transport adapté limite drastiquement la liberté de mouvement des personnes concernées.

Coline Lafargue

« Le transport devait la chercher (Joanne) à la bibliothèque à 15h30. Finalement, le bus est arrivé à 14h30, alors que nous étions encore à l’intérieur. Le chauffeur, ayant déjà d’autres passagers à bord, a attendu un moment devant l’entrée, mais comme nous ne nous attendions pas à son arrivée si tôt, il est reparti. Nous sommes donc restés bloqués sur place, et une intervenante a dû ramener Joanne chez elle », raconte un des intervenantes de l’association pour la promotion des droits des personnes handicapées supervise ces services de transport, Cathy Gagnon.

 

Intervenante à l’Association pour la promotion des droits des personnes handicapées, Cathy Gagnon. (Photo : Coline Lafargue)

La Société de transport du Saguenay (STS) propose un service de transport adapté, destiné aux personnes dont l’incapacité compromet la mobilité. Mais le dispositif a ses limites : réservations obligatoires, trajets interterritoriaux facturés 2,50 $, et une disponibilité qui reste insuffisante. « Il faut réserver 24 heures à l’avance, anticiper, planifier, attendre », souligne la membre du comité de travail pour la mise en place du Plan d’action favorisant l’intégration des personnes handicapées 2023-2026, Marie-Ève Carrier.

Sans compter l’engorgement du système, que constate Cathy Gagnon.

« Les transports adaptés sont vraiment surchargés. Parfois, un bus prévu à 16h30 n’arrive qu’à 17h, ce qui engendre impatience et inconfort. Certains usagers restent longtemps en manteau, ça peut les déranger. Des fois, on essaie de trouver des jeux en attendant. Hier, par exemple, ils étaient une vingtaine à attendre, mais seulement trois autobus étaient disponibles. Certains pouvaient être installés sur une chaise, d’autres non. Je trouve que ça manque au niveau des transports adaptés. »

De plus, le transport adapté ne fait pas de liaison entre Saguenay et le Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Au Saguenay, on estime à 87 100 personnes le nombre de personnes ayant une incapacité, selon l’ Institut de la statistique du Québec, Enquête de Santé du Saguenay–Lac-Saint-Jean 2018. (Photo : Coline Lafargue)

L’accessibilité des infrastructures

Au-delà du transport, c’est bien l’accessibilité aux infrastructures elles-mêmes qui demeure un enjeu majeur. Des efforts de sensibilisation sont en cours avec un budget annuel de 235 000 $ pour le Plan d’action favorisant l’intégration des personnes handicapées 2023-2026 de la ville de Saguenay. « Il est essentiel de sensibiliser les architectes et tous ceux impliqués dans la conception de ces bâtiments. Ce n’est pas suffisant de rendre une salle accessible, si la salle de bain est située à l’étage inférieur ou si les personnes ayant une incapacité doivent faire le tour du bâtiment pour y entrer », explique Mme Carrier.

Les bâtiments patrimoniaux, particulièrement au Québec, donnent du fil à retordre. « Les coûts liés à la mise aux normes sont considérables », déplore Marie-Ève Carrier. Dans l’attente de solutions, de nombreuses personnes en fauteuil roulant se heurtent à des portes fermées ou à des rampes mal disposées.

Intérieur d’un transport adapté de la société de transport de Saguenay. (Photo : Coline Lafargue)

L’accès à certains magasins et infrastructures de loisirs, reste aussi un défi de taille, notamment en raison de l’âge des bâtiments et du coût prohibitif des rénovations nécessaires. Les obstacles sont nombreux : des bâtiments avec des entrées adaptées mais des toilettes ou vestiaires inaccessibles.

Les conditions météorologiques représentent parfois un obstacle supplémentaire. « Même lorsque l’on nous annonce une tempête et qu’il est impossible de sortir, certaines personnes ont du mal à comprendre et ressentent cela comme une punition » dit Cathy Gagnon.

Des bénéficiaires de l’Association pour la promotion des droits des personnes handicapées dessinent. (Photo : Coline Lafargue)

« Ce n’est pas gagné d’avance », reconnaît Manon Blackburn. Pourtant, des initiatives commencent à voir le jour. Lors d’une récente sortie en plein air avec l’association, certains participants ont chaussé des raquettes pour la première fois de leur vie. « Ils sont repartis fatigués mais heureux », se souvient-elle. 

 

 

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