Néo-agriculteurs : une nouvelle génération citadine pour la relève agricole

En 2024, 60 % des agriculteurs québécois n’avaient pas de repreneurs à leur départ à la retraite. En réponse à cette pénurie, de plus en plus de citadins se tournent vers l’agriculture. Cependant, cette transition présente de nombreux défis.
Depuis janvier 2025, de nombreux colloques sont organisés dans tout le Saguenay-Lac-Saint-Jean par l’Union des producteurs agricoles, la Fédération de la relève agricole du Québec et Agri-réseaux. Au-delà des conditions et horaires de travail, ou encore de la rémunération, l’enjeu majeur aujourd’hui reste celui de la relève agricole.
Le coordonnateur pour Arterre, un service provincial d’accompagnement pour les agriculteurs, Benoit Curé, estime que « dans moins de 10 ans, un grand nombre d’exploitants agricoles vont prendre leur retraite, et seulement 40 % d’entre eux ont une relève, soit à peine 1160 agriculteurs sur les plus de 2900 présents au Québec ».

Selon les Producteurs en serre du Québec, la province est passée d’environ 30 % à près de 50 %, en 2023, d’autonomie alimentaire pour ce qui est des légumes en serre (tomates, concombres, poivrons…). Photo Raphaëlle Savary
Le nouveau visage de l’agriculture
Depuis la création d’Arterre en 2018 au Québec et en 2021 au Saguenay, plus de la moitié des personnes faisant appel à leurs services pour trouver une reprise ou un terrain « sont des personnes en reconversion professionnelle, entre 30 et 35 ans. Ce à quoi on ne s’attendait pas forcément », estime Benoit Curé.
En 2019, avec l’avènement de l’agriculture urbaine ou des jardins en ville, un certain désintérêt des citadins pour l’agriculture a été observé. Cependant, cette tendance semble s’être inversée : selon les données du Portrait de la relève agricole au Québec disponibles sur le site gouvernemental, les années 2022/2023 ont enregistré une augmentation importante du nombre de citadins présents dans les stages et lieux de formation à l’agriculture.
Moins de pollution, plus de calme et de temps… la pandémie de Covid-19 a invité de nombreux citadins à s’intéresser à leur jardin, leur potager, mais aussi à la question d’autonomie alimentaire.

Alexis St-Gelais a dû faire appel au soutien d’un incubateur pour pouvoir louer un terrain proche de Chicoutimi. Photo Raphaëlle Savary
« Rester devant l’ordinateur toute la journée m’a fait réaliser que le contact avec la nature, l’extérieur, me manquait. Parallèlement, la question de l’autosuffisance alimentaire québécoise prenait de l’ampleur, et je constatais un véritable manque de production fruitière », témoigne Alexis St-Gelais.
« Cette réflexion a insufflé un vent de fraîcheur pour l’avenir de l’agriculture, à une époque où les enfants d’agriculteurs sont de moins en moins nombreux à vouloir prendre la relève », affirme Benoit Curé.
Une réorientation compliquée

L’ARTERRE offre un service de jumelage entre des aspirants-agriculteurs et des propriétaires dans l’optique de contribuer à la pérennité des activités agricoles du Québec.
Cependant, si être agriculteur s’avère être une tache compliquée, le devenir semble l’être tout autant. « Il y a d’abord des agriculteurs comme moi qui ont grandi dans ce milieu, c’est une tradition familiale, et certains peuvent être méfiants », assure Sarah Tremblay, propriétaire de la Ferme de Chicoutimi La Rouquine. Pour ceux plus « traditionnels », l’arrivée des néo-agriculteurs peut susciter des inquiétudes sur plusieurs points. « Manque d’expérience et de passion, méconnaissance de ce métier qui est avant tout un mode de vie, des changements trop rapides ou mal maîtrisées », énumère Sarah Tremblay.
De plus, « il y a une difficulté économique bien réelle », ajoute Benoit Curé. « Par exemple, une ferme laitière peut coûter environ 5 millions de dollars, et un acheteur doit apporter 20 % de mise de fonds. Ce montant élevé peut dissuader, surtout les néo-agriculteurs qui n’ont pas de liens familiaux avec le milieu, car les vendeurs peuvent être plus réticents à les aider ou à leur faire un prix. »
« Le plus dur n’est pas de trouver une clientèle, mais bien de trouver une reprise ou un terrain. Je garde mon premier métier de chimiste par précaution et aussi par manque de courage de me lancer à 100 % dans cette profession et d’y investir tout mon capital », conclut Alexis St-Gelais.






