Chemin Bowater : une campagne de sociofinancement pour soutenir le collectif du feu sacré

La campagne a été mise sur pied par Shanipiap Siou. Cette dernière a intercepté un camion opéré par la compagnie Produit forestiers Résolu (PFR) durant l’été 2024. (Crédit photo : Amplifier film).
Le groupe responsable du blocus au nord du Lac-Saint-Jean de l’été 2024 a lancé une campagne de sociofinancement en décembre dernier. La campagne, sous le thème : « Toi, tasse-toé, c’est mon droit de vivre sur ma terre! » met en lumière la lutte des gardiens du feu sacré. Alors que le Québec est en pleine réforme forestière, ce groupe d’innus près de Dolbeau-Mistassini s’insurgent contre l’exploitation des forêts.
Amélie Harvey
À 59 km de Dolbeau-Mistassini, sur le chemin forestier Bowater, se trouve un territoire occupé par les « gardiens du feu sacré ». Mené par l’auteure et interprète Shanipiap Siou, le collectif revendique un retour aux droits ancestraux et dénonce l’instauration du Traité Petapan.
« On veut protéger nos droits ancestraux, la nature, les animaux. On le fait pour le bien de l’humanité », déclare Shanipiap Siou en entrevue.
Une vingtaine d’individus font partie de ce groupe « indépendant », sans affiliation religieuse ou politique quelconque. Leur combat n’est pas non plus endossé par le conseil de bande de Mashteuiatsh.
Selon le site web du Regroupement du traité Petapan, le traité désigne une entente commerciale entre les deux pôles gouvernementaux et les communautés de Mashteuiatsh, Essipit et Nutashkuan. Les trois communautés négocient l’entente depuis 40 ans. L’entente a pour objectif, entre autres, une autonomie gouvernementale, une gestion saine des ressources naturelles et la perpétuation des droits ancestraux.
Une campagne qui rencontre du succès
Les fonds récoltés par la campagne servent à subvenir aux besoins du gardien du feu, une personne qui entretient, à temps plein, un feu « symbolique ». Akim Grenier qui occupe ce rôle depuis un an.
« Akim est là 24h sur 24. Il alimente le feu à toutes les heures et demie. Juste se rendre au territoire ça coûte cher, environ 250$ de gaz. Ça donne aussi des sous pour la nourriture, le propane de la génératrice », a déclaré l’instigatrice de la campagne. Akim Grenier compte garder le feu en vie « jusqu’à ce que le combat aboutisse ».
Ce qu’en pense la MRC
Le préfet de la Municipalité régionale de comté (MRC) de Maria-Chapdelaine, Luc Simard, est bien au courant des faits.

« On a déjà eu des blocus à Girardville et à Mistassini dans les dernières années, ce n’est pas quelque chose qui nous est inconnu », affirme le préfet de la MRC de Maria-Chapdelaine, Luc Simard. (Crédit photo :Caroline Mailloux, Panache communication).
Il invite les gardiens de territoire à travailler avec la communauté de Mashteuiatsh s’ils ont des revendications. « On ne peut pas prendre des citoyens en otage pour des prises de position personnelles et non collectives. Il ne faut pas que chaque citoyen se fasse justice soi-même, sinon ça va être le chaos. »
Retour dans le temps

Jusqu’à maintenant, un montant de 1125$ a été récolté sur un objectif de 9000$ pour la campagne de sociofinancement. (Crédit photo : Guillaume Roy).
En mai dernier, le groupe situé au km 59 a imposé un embargo, qui a été levé par interjection du Tribunal. Le groupe compte intercepter à nouveau des camions durant la période estivale.
« Si on ne bloque pas la route, personne ne va le faire. On m’a reproché d’être archaïque, mais je veux simplement qu’on conserve nos droits ancestraux, qu’on protège la forêt », exprime Shanipiap Siou.
Or, la MRC de Maria-Chapdelaine maintient une position claire. « On ne veut vraiment pas qu’il y ait de blocus, c’est complètement illégal. On demande à la Sûreté du Québec d’intervenir s’il y a des blocus », rappelle Luc Simard.
Gestion du territoire
Une réforme forestière est en cours à l’échelle provinciale. Le ministère des Ressources naturelles et des Forêts souhaite redéfinir le zonage des zones boréales, en plus de confier la gestion des forêts à des entreprises privées. Le préfet de la MRC Marie-Chapdelaine, Luc Simard, dénonce le manque d’écoute de la part du gouvernement dans le nouveau projet d’aménagement forestier.
« On a participé à plusieurs consultations avec le gouvernement pour l’aménagement du territoire. C’est pas mal silence radio, c’est ça qui nous inquiète. On veut être partie prenante de l’aménagement du nouveau régime forestier. On ne sent pas qu’on est tellement écoutés », déplore Luc Simard.
L’élu met également de l’avant un projet de forêt habité sur le territoire. « Chez nous, on voudrait que ça soit une gestion entièrement locale de la forêt, de l’ensemble des ressources. Il y a moyen, sur certaines petites zones, de faire plus de production de bois pour compenser les endroits où on fait de la conservation. On est en train d’élaborer ce projet-là. On veut être reconnus par le gouvernement du Québec et on travaillerait avec la communauté innue », conclut M. Simard.





