Là où n’importe qui peut devenir auteur

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Wattpad a été créé en 2006. Des millions d’utilisateurs se servent de la plateforme pour lire ou écrire des histoires. (Photo : Emmanuelle Vérité-Lapointe)

L’omniprésence des écrans influence les manières de consommer du contenu, et le contenu littéraire n’en fait pas exception. La plateforme Wattpad, un média social dédié à la création d’histoires, offre une autre façon d’approcher la lecture et l’écriture.

Emmanuelle Vérité-Lapointe

À première vue, Wattpad s’apparente à n’importe quel réseau social. Pourtant, sa fonction n’est pas de partager des photos ou des vidéos, mais plutôt des histoires de tous les genres. En se créant un compte, on peut lire et commenter les créations des autres et on peut soi-même se lancer dans l’écriture d’une histoire en publiant des chapitres au rythme qui nous convient.

L’étudiante en arts visuels au Cégep de Saint-Jérôme Adèle Aubry a découvert Wattpad lorsqu’elle avait 11 ans grâce à ses amis et au Web. Mis à part les livres obligatoires à l’école, Adèle ne lisait pas beaucoup de romans papier. Pourtant, son intérêt pour la lecture a grandement augmenté avec Wattpad. « Je ne sais pas pourquoi j’aimais mieux lire sur mon cellulaire que sur papier. Je pense que c’est plus accessible, plus instinctif pour notre génération de prendre son téléphone que prendre un livre malheureusement. »

Selon l’étudiante, la façon de consommer le contenu littéraire serait plus engageante sur Wattpad qu’avec un livre papier. « C’est sûr que le format est différent et il y a plus un sens de partage étant donné que c’est un réseau social. » Sur Wattpad, les utilisateurs peuvent laisser des commentaires reliés à des passages précis de l’histoire. Ainsi, un lien entre les lecteurs et l’auteur se crée. Le récit se façonne, chapitre après chapitre, avec les commentaires des lecteurs et les choix créatifs de l’auteur.

Si l’étudiante avait déjà un intérêt pour l’écriture, la plateforme lui a permis d’exploiter sa créativité et de se nourrir des créations des autres. Pour elle, c’était également plus intéressant de lire des histoires écrites par des jeunes de son âge, des personnes plus proches de sa réalité qu’un auteur professionnel.

Les écrans partout

À la question « n’est-ce pas mieux de lire des livres papier que de lire sur un écran? », Adèle répond que c’est mieux de lire sur un écran que de ne pas lire du tout. De son côté, sa mère voyait son utilisation de la plateforme d’un œil positif. « Comme parent, je voyais ma fille sur son cell et ça m’énervait. Quand j’ai compris qu’elle était en train de créer quelque chose au lieu de regarder passivement du contenu, j’ai trouvé ça intéressant. »

Wattpad recèle aussi des inconvénients. Les textes peuvent être écrits par n’importe qui et ne sont pas révisés, alors on y retrouve énormément de fautes d’orthographe et de grammaire, comme l’a observé Adèle. « Moi ça ne m’a pas nui, mais peut-être que ça peut nuire. C’est sûr que si tu ne lis que des textes amateurs, tu vas apprendre la langue avec ça. »

Comme sur tous les réseaux sociaux, on retrouve sur Wattpad du contenu en tout genre qui n’est pas toujours approprié pour les jeunes utilisateurs.

Certains auteurs ont commencé leur carrière en publiant leurs histoires sur Wattpad avant de se faire remarquer par des éditeurs, comme l’autrice Anna Todd et sa série de livres After, maintenant adaptée au cinéma. (Photo : Emmanuelle Vérité-Lapointe)

Wattpad à l’école?

 Si Wattpad motive plusieurs jeunes à lire et écrire, pourrait-il être utilisé à des fins d’apprentissage? La professeure agrégée en didactique de la littérature au secondaire à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, Amélie Lemieux, explique que les médias sociaux peuvent être utiles dans un cadre scolaire à condition que leur utilisation soit très bien encadrée. « Au niveau des plateformes comme Wattpad, ça permet [aux jeunes] d’être connectés en classe et de traduire leurs pratiques de littératie de la vie courante dans un environnement scolaire et encadré. »

Selon la professeure, les réseaux sociaux sont un outil qui peut être intéressant d’intégrer à l’enseignement pour rejoindre les jeunes là où ils sont. « L’idée c’est de varier la planification et d’essayer de diversifier les méthodes d’enseignement pour répondre à la réalité des jeunes. […] On est dans une société hyperconnectée, on a nos téléphones cellulaires et c’est la manière numéro un par laquelle on lit et on écrit tous les jours et ça se reflète dans les pratiques numériques des jeunes. »

Mais Amélie Lemieux est claire : utiliser les réseaux sociaux en classe doit être fait de manière pédagogique. « C’est sûr que quand on dit médias sociaux, ça peut faire peur aux parents, il faut avoir des autorisations, un compte de classe. En même temps, les pratiques de l’oral, de l’écrit et de lecture des jeunes reflètent ça alors je pense qu’il va falloir tendre vers des pratiques didactiques qui reflètent leur réalité. »

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