L’hypnothérapie : une pratique qui divise

Les hypnothérapeutes utilisent leurs fonctions pour aider leurs clients après une consultation détaillée. (Crédit : Pixabay)
Quatre entrevues. Quatre opinions différentes. L’hypnothérapie est une pratique aux nombreuses nuances, qui divise spécialistes et écoles de formation.
Contrairement à ce que suggère l’opinion publique, l’hypnose n’est pas seulement utilisée pour transformer un homme en poulet ou faire rire une foule. Chaque jour, des cliniques d’hypnothérapie tentent de travailler avec le subconscient du patient pour l’aider à changer une habitude, un état d’esprit, une façon d’être.
Un cadre légal incertain
Selon l’Ordre des psychologues du Québec, pour exercer la psychothérapie dans la province, y compris par le biais de l’hypnose, il faut être psychologue, médecin ou détenteur d’un permis de psychothérapeute. Pourtant, dans les faits, tout le monde peut s’autoproclamer hypnothérapeute. Aucun diplôme obligatoire, aucune reconnaissance officielle. Aucun ordre professionnel pour venir réglementer les pratiques des spécialistes de l’hypnose.
Le Dr Rémi Côté, un psychologue reconnu par l’Ordre, se questionne sur la crédibilité de certaines formations. « Ils vendent quelque chose de gratuit. C’est comme prendre de l’eau, la mettre dans des bouteilles de plastique et la vendre dix fois le prix. »
Sylvain Lefebvre, directeur de l’École d’Hypnose Thérapeutique et Médicale, n’est pas totalement en désaccord avec les propos du psychologue. Pour lui, il faut bien choisir sa formation. « Oui, il y a des formations douteuses, des cours en ligne créés seulement pour arnaquer les gens, mais des écoles comme la nôtre, avec des professeurs formés, un psychiatre et un travailleur social pour nous épauler, permettent d’être professionnels et crédibles. »

Les psychologues sont débordés dans la province, avec des listes d’attente de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois. (Crédit : Pixabay)
Ce ne sont pas tous les spécialistes qui sont du même avis. Psychologue dans la région de Québec, Isabelle Soucy trouve que tous les types d’hypnothérapeutes ont leur place. « Je ne suis vraiment pas en guerre de clan avec les hypnothérapeutes. Je recommande souvent des patients qui n’ont pas besoin de mes services à des hypnothérapeutes, qui vont désengorger le système », clarifie-t-elle.
Le directeur des relations externes à l’École de formation professionnelle en hypnose (EFPHQ), Christophe Pilaire, affirme que son établissement est une référence dans l’apprentissage de l’hypnose. « Nous sommes l’établissement avec le plus d’expérience au Canada, et nous formons des hypnothérapeutes partout dans la province. »
Sur leur site Web, plusieurs hypnothérapeutes peuvent être contactés : une ancienne éducatrice spécialisée, un travailleur social, une artiste peintre. Tous sont bel et bien hypnothérapeutes. Pourtant, pour le Dr Rémi Côté, « tout le monde qui veut se faire de l’argent peut se faire imprimer un diplôme et utiliser l’hypnose. Ce sont des coachs de vie, des accompagnateurs. »
Ne pas négliger le vocabulaire
Le vocabulaire est extrêmement important dans un dossier comme celui-ci. M. Pilaire, de l’EFPHQ, comprend qu’il peut être difficile de faire la différence entre les ressortissants de son école et les psychologues ou médecins utilisant l’hypnose. « Nos élèves ne sont ni des psychologues, ni des psychiatres, ni des médecins. Nous n’avons pas de patients, mais des clients. Le vocabulaire est primordial, et surtout, réglementé par la loi 21. »
Le titre d’hypnothérapeute n’est pas réservé, précise Dre Isabelle Soucy. Elle ajoute qu’il s’agit d’un « terme parapluie », qui englobe tous les utilisateurs de l’hypnose. En revanche, elle estime qu’il est essentiel que l’hypnothérapeute affiche clairement les limites de son expertise dès la première rencontre avec un client.

Pour Isabelle Soucy, l’hypnose est une excellente technique pour traiter certains types de patients. (Crédit : photo tirée du Web)
Autant les écoles que l’Ordre des psychologues se montrent méfiants de l’hypnose spirituelle, une technique illégale dans la province. Dr Rémi Côté invite les gens à ne pas consulter ceux-ci. « On entre dans la manipulation. Ils font vivre des vies antérieures et des souvenirs qui n’existent pas. Plusieurs sectes le font pour endoctriner leurs adeptes », explique le psychologue.
De leur côté, Christophe Pilaire et Sylvain Lefebvre affirment que, dans aucun cas, cette pratique n’est enseignée par les professeurs de leurs écoles. Ils vont même jusqu’à sensibiliser leurs apprentis hypnothérapeutes à ce sujet.
L’hypnose demeure un outil aux visages multiples. Si les Québécois y voient un complément aux soins psychologiques, certains spécialistes appellent à une réglementation plus stricte pour éviter les dérives. Une chose est sûre : le flou actuel appelle à la vigilance.






