L’influence grandissante des incels sur les jeunes

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une image d'illustration d'un jeune homme sur son téléphone.

Le mouvement incel est une sous-culture présente sur Internet, majoritairement composée d’hommes qui tiennent les femmes pour responsables de leur célibat. (Crédit : Esther Dalbeigue)

Sur les réseaux sociaux et les forums en ligne, la sous-culture incel, ces « célibataires involontaires », séduit de plus en plus de jeunes hommes. Porté par des discours haineux à l’égard des femmes, ce mouvement attire des jeunes en quête de repères dans la société. 

Les incels, surtout présents en ligne, forment une communauté qui souffre du célibat et qui met cette solitude sur la faute des femmes d’après le dictionnaire La Langue Française. Océane Corbin, doctorante en communication et en études féministes à l’UQAM, explique qu’« il y a une réalité sociale : les personnes célibataires ne sont pas considérées de la même manière que celles en couple » dans nos sociétés. 

Ces célibataires, pour la plupart des hommes hétéros cisgenres, aimeraient établir des relations, qu’elles soient amoureuses ou sexuelles, avec des femmes, sans y parvenir déclare Océane Corbin. Leur discours pointe vers une société matriarcale où tout serait fait par et pour les femmes. 

Océane Corbin, doctorante en communication et en études féministes à l’UQAM.

Océane Corbin, doctorante en communication et en études féministes à l’UQAM, était au 23e Colloque de L’AéMDC, en avril 2025. (Crédit : Dominick Therrien)

Aujourd’hui très présents sur les réseaux sociaux, les incels attirent de plus en plus de jeunes grâce à un message très généralisé sur les femmes. D’après la doctorante, ils « généralisent les femmes comme une grande catégorie opaque et homogène ». Elle explique que « pour des jeunes, c’est très attractif d’adopter ce type de raisonnement simple, car cela évite de se confronter à certaines réalités ». Les réseaux sociaux jouent un rôle important dans cette communauté ; en effet, ces espaces « sont accessibles par n’importe qui, n’importe où », note Océane Corbin. 

Les incels, poursuit-elle, ont un discours de victimisation : ils n’acceptent pas le rejet et reportent cette haine sur les femmes. Mais c’est aussi une communauté qui souffre, surtout chez les jeunes en pleine construction, qui cherchent encore leur place dans la société. Ces communautés en ligne pour les jeunes permettent de « répondre à un mal-être ».

Il existe également une volonté de recrutement. La série Adolescence sur Netflix, portant sur le sujet des incels, a suscité deux réactions au sein de ces groupes, rapporte la doctorante grâce à ses recherches. La première accuse la série d’être anti-incel, tandis que l’autre considère que c’est une bonne chose pouvant leur permettre de recruter des jeunes. 

La doctorante perçoit « très négativement » l’impact de la culture incel sur les rapports homme-femme dans la société. Il y a selon elle des retombées déjà mesurables où les jeunes hommes s’identifient davantage à des mouvements conservateurs et s’accordent sur la remise en question du féminisme. 

D’après Mme Corbin, les institutions comme les écoles, le gouvernement et les médias ont un rôle à jouer dans la prévention de ce genre de discours haineux. « Je pense qu’ils le jouent mal [rôle de prévention], c’est assez frustrant, nous sommes rarement sollicités par les institutions d’éducation », ajoute-t-elle.  

image d'illustration jeune homme de dos qui regarde un ordinateur.

Sur les réseaux sociaux, la communauté incel diffuse des discours misogynes qui séduisent de plus en plus de jeunes. (Crédit : Esther Dalbeigue)

Cette sous-culture a énormément de codes, de termes et de métaphores propres à la communauté, tous pensés pour que les autres ne les comprennent pas. Sur des forums ou des comptes Reddit qui rassemblent plus de 300 000 personnes, des messages masculinistes sont propagés : les droits des hommes seraient en danger, principalement à cause des femmes et du féminisme. 

Les influenceurs masculinistes se multiplient eux aussi et sont « très doués pour attraper l’attention de ces jeunes garçons », comme l’explique Océane Corbin. Elle note par ailleurs que les masculinistes et les incels n’appartiennent pas aux mêmes communautés, mais se rejoignent sur des messages haineux envers une société perçue comme favorable aux femmes. 

La doctorante explique aussi que « la porte d’entrée [vers les communautés incels], ce n’est pas le forum, car on n’y tombe pas dessus par hasard ». Celles-ci se retrouvent beaucoup sur la manosphère, qui est un ensemble de communautés en ligne, partageant des idées sur la masculinité et le rejet du féminisme. 

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