Tourisme : quand le poumon économique des petits villages s’essouffle

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La qualité de la saison touristique à l’Isle-aux-Coudres dépend grandement de l’efficacité du service de traversier entre Saint-Joseph-de-la-Rive et l’Isle-aux-Coudres. C’est le seul moyen de se rendre sur l’île Charlevoisienne. (Photo : On va se promener ?)

Le tourisme est le poumon de plusieurs petites agglomérations au Québec. Quand le dernier bateau de croisière aux baleines revient à quai à Tadoussac et que les cyclistes prennent une dernière fois le traversier de l’Isle-aux-Coudres jusqu’à Saint-Joseph-de-la-Rive, ces municipalitédoivent jongler entre le retour à la tranquillité et le désir d’animer le quotidien des villageois. 

« Le tourisme [estival] est ce qui fait vivre la majorité des Tadoussaciens. Même si on n’en vit pas directement, on en vit indirectement », rapporte l’enseignante à l’école Saint Joseph de Tadoussac, Julie Mallette.

Julie Mallette, conseillère municipale à Tadoussac et enseignante pose à l'extérieur.

Julie Mallette s’est installée à Tadoussac il y a 12 ans. Elle affirme être « tombée en amour » avec le village. Elle a récemment été élue conseillère municipale à 75% et souhaite redonner du dynamisme à Tadoussac l’hiver. (Photo : Julie Mallette)

Le phénomène de saisonnalité touristique est un enjeu pour les communautés.  L’enseignante en tourisme au Cégep de Matane, Nathalie Lapointe, explique qu’il existe « une vieille école de pensée » avec des personnes qui gèrent le tourisme de la même façon depuis des dizaines d’années. Aujourd’hui, il y a un besoin de changement afin que ces villages soient dynamiques 12 mois par année pour leurs résidents et ceux qui aimeraient s’y installer. 

L’Isle-aux-Coudres, un exemple d’équilibre 

L’objectif n’est pas d’avoir le même achalandage qu’à l’été. Après une saison estivale réussie, les résidents aiment retrouver leur calme. 

Les insulaires de l’Isle-aux-Coudres qui ont travaillé sans arrêt du mois de mai à l’Action de grâce, ont besoin de se reposer à la fin de la belle saison. 

Il s’agit de trouver un équilibre entre un été effervescent et un hiver au calme. L’Isle-aux-Coudres, semble réussir à garder un rythme de vie actif à l’année pour les Coudrilois. « Ça reste une des places que je sens culturellement puis communautairement parlant, les plus vivantes que j’ai rencontrées », s’exprime reconnaissante la directrice générale de Tourisme Isle-aux-Coudres, Émilie Lajoie.

Photo au drone de l'Isle aux Coudres avec une vue sur le fleuve du Saint Laurent.

Des événements rythment la vie des Coudrilois à l’année : des spectacles à l’auberge La Fascine, le carnaval de et le marché de Noël de l’Isle-aux-Coudres, ou encore la mi-carême si appréciée des Coudrilois. (Photo : On va se promener ?)

Tadoussac, vers le « village fantôme » ? 

À Tadoussac, la situation est différente. « Le village ne nous appartient pas tellement pendant l’été. », affirme Mme Mallette, heureuse de retrouver sa tranquillité après la saison touristique. Mais elle reconnait que l’hiver, quand il n’y a plus de touristes, il manque grandement d’activités pour les familles à Tadoussac. « On est loin des activités qui peuvent s’offrir », rapporte cette dernière, citant plusieurs exemples comme un cinéma, un centre sportif ou un centre aquatique. 

Les « maisons fantômes » de plus en plus présentes dans le village, préoccupent aussi la Tadoussacienne. Ces logements sont loués l’été à des travailleurs saisonniers et empêchent des jeunes familles de s’y installer. Cela représente un danger pour la survie de l’école, la vitalité du village et le vieillissement de la population.

Port de Tadoussac avec en arrière plan, les maisons colorées près du quai

La population de Tadoussac passe de 850 habitants à environ 2000 l’été avec les travailleurs saisonniers qui s’installent dans des résidences secondaires, en plus des 300 000 touristes annuels. (Photo : Mathilde Bellon)

Les locaux comme solution 

Mme Lapointe croit aux acteurs locaux pour rendre ces villages plus attrayants à l’année, notamment en diversifiant l’offre et en favorisant l’installation de résidents permanents. 

Les solutions doivent prendre en compte l’impact qu’elles auront sur la population locale. « Tout nouveau développement économique et touristique doit se poser la question “quel est notre apport à la communauté locale ?” », explique l’enseignante au Cégep de Matane.

Selfie de Nathalie Lapointe avec un paysage marin en arrière-plan

Nathalie Lapointe est très enthousiaste quant au développement de projets touristiques au Québec. Elle décrit le tourisme Québécois comme l’« industrie du bonheur ». (Photo : Nathalie Lapointe)

Un projet de cinéma est en réflexion à Tadoussac et les quelques restaurants qui s’efforcent de rester ouverts malgré la baisse du chiffre d’affaires, s’adaptent au mieux pour offrir aux Tadoussaciens un peu de divertissement. 

De plus, Nathalie Lapointe insiste sur l’importance d’éduquer les touristes locaux à visiter ces villages lors de la basse saison. Selon Statistiques Québec, environ 65% des touristes au Québec sont des Québécois.  

Leur visite hivernale permettrait de revitaliser ces villages pendant ces mois creux et d’avoir une expérience touristique optimale sans être confrontés au surtourisme. D’autant plus que ces villages ont des attraits qui ne se trouvent pas dans les grands centres : le ski de fond, la motoneige ou encore la raquette. 

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