Acheter local coûte-t-il vraiment plus cher? Les données surprennent

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Tous les aliments dont les ingrédients et la préparation sont faits au Québec sont identifiés avec un logo de certification. (Photo : Jérémie Bélanger)

La croyance populaire veut que manger local coûte plus cher. Pourtant, des études montrent qu’une majorité de produits québécois sont désormais aussi compétitifs que ceux de l’étranger. « Ça prend des gens qui vont aller déboulonner ces mythes-là », affirme la conseillère à la Table agroalimentaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

« La plupart des gens associent l’achat local à la production artisanale, qui est généralement plus chère », explique le directeur scientifique au Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois. La conseillère en communication pour la Table agroalimentaire du Saguenay, Bénédicte Armstrong arrive au même constat : « Pour bien des gens, les produits locaux, ce sont des petits pots trop chers. »

Toutefois, l’étude qui a été réalisée par l’Université Dalhousie pour le compte d’Aliments du Québec en 2022 conclut que, « dans 55,6 % des catégories étudiées, le produit local était aussi concurrentiel, voire plus concurrentiel que le produit d’ailleurs. »

Tableau produit plus ou moins cher au QuébecCrédit : Université Dalhousie pour le compte d’Aliments du Québec

Les fraises du Québec, par exemple, sont vendues au même prix que celles des États-Unis lorsqu’elles sont produites pendant la même saison. « Les fraises du Québec en hiver sont plus chères que celles des États-Unis, puisqu’elles viennent de serres », explique Mme Armstrong.

Serres Belle de jour

Au Québec, il y a près de 1 250 entreprises serricoles, selon les Producteurs en serres du Québec. (Photo : Raphaëlle Charbonneau)

En dehors de l’effet de la saisonnalité, un autre facteur peut expliquer un prix plus élevé que celui de certains compétiteurs : la qualité. Avant qu’un produit étranger arrive dans nos assiettes, « il parcourt en moyenne 2 500 km, soit 12 fois le parc des Laurentides », souligne la conseillère aux communications de la Table agroalimentaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean. « Si le produit est mûr en arrivant dans nos épiceries, je vous laisse deviner dans quel état il est parti. »

La réalité des produits plus chers

Selon une étude réalisée par Îlots et Léger pour le compte du livre Bouillon 2, un magazine sur les tendances alimentaires, 51 % des Québécois estiment que les produits régionaux sont meilleurs que les produits d’ailleurs. Pourtant, seulement 21 % privilégieraient des produits provenant de leur propre région, contre 25 % qui favoriseraient ceux du Québec. Même si près de 40 % des produits locaux en épicerie peuvent coûter plus cher que ceux importés, « la différence [de prix] se trouve dans le seuil de tolérance pour les produits plus chers », affirme Sylvain Charlebois.

Le chercheur à l’Université Dalhousie « ne pense pas qu’une famille avec un revenu moyen au Québec puisse acheter principalement local, mais ça dépend de la manière dont elle priorise les produits locaux et de la façon dont elle adapte son budget alimentaire. »

Toutefois, ces produits locaux plus dispendieux génèrent un retour économique pour le consommateur. « Ça crée des emplois, ça crée et nourrit l’innovation des écosystèmes en région », souligne le professeur et chercheur. Selon Bénédicte Armstrong, « 20 $ investis en région équivalent à 50 $ dans notre économie régionale ».

Mme Armstrong explique que l’achat local se fait par phase, et que des événements comme la COVID19 et la guerre commerciale avec les États-Unis lui ont donné un bel élan. Elle précise que « toutes les personnes ayant rapidement changé leurs habitudes de consommation pendant ces périodes ne les conserveront pas forcément, mais qu’à chaque fois, ils gagnent quelques consommateurs qui auront découvert des produits qu’ils apprécient. »

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