Métiers à risque : le fragile équilibre entre le travail et la vie familiale

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Selon l’Observatoire des tout-petits, 61% des parents seraient « prêts à changer d’emploi si on leur offrait de meilleures mesures de conciliation »(Photo: Pixabay) 

La conciliation travail et famille est difficile pour les parents avec un métier où les risques de danger sont élevés, au QuébecLes horaires atypiques et le développement de chocs post-traumatiques affectent leur capacité à être pleinement disponible pour leur famille. C’est ce que confirme l’enseignant de l’Institut de protection contre les incendies du Québec (IPIQ) et pompier, Éloi Bilodeau. 

M. Bilodeau enseigne à des personnes qui ont entre 17 et 29 ans. Certains arrivent dès la fin de leur secondaire, d’autres changent de carrière. Durant la formation, aucun cours n’aborde en profondeur la conciliation travail et famille. Selon lui, « la plupart des étudiants sont conscients que les horaires sont irréguliers ».  

D’après un sondage publié en 2023 par l’initiative Concilivi sur un échantillon de 1 003 parents avec un enfant de moins de cinq ans, 66% des parents trouvent que la conciliation travail-famille (CTF) est une source de stress en raison de leur horaire de travail et de l’épuisement qui s’ensuit. 

De plus, l’horaire des pompiers dépend de la ville dans laquelle ils travailleront. Il se peut qu’ils n’aient pas de poste permanent ou d’heures régulières. « Ça peut prendre entre trois et sept ans avant d’avoir sa permanence », souligne M. Bilodeau. Les employés ne peuvent pas choisir s’ils travaillent de jour ou de nuit. Premier répondant depuis 2002, il raconte qu’il était normal d’avoir des quarts de travail de 10h durant le jour et des quarts de 14h la nuit. 

Cependant, M. Bilodeau raconte que depuis la COVID-19, il y a eu une amélioration du système d’horaire. Selon le site internet de l’Association des pompiers de Montréal, les pompiers sont divisés en équipes et doivent être à la caserne durant 24h consécutives, en alternance. Durant cette période, ils peuvent être sollicités à n’importe quel moment. « C’est maintenant plus facile de concilier le travail et la famille. On est moins souvent à la caserne. Oui, on part plus longtemps, mais on est plus souvent à la maison. » 

Cette particularité du métier est une épreuve pour les nouveaux parents. « C’est difficile d’instaurer une routine, souligne l’enseignant. On laisse beaucoup l’autre parent seul pendant des 24h ou des nuits d’affilée. » 

Eloi Bilodeau enseigne depuis 15 ans à l’Institut de la protection contre les incendies du Québec, à Laval. (Photo: Courtoisie).

Présent physiquement, absent mentalement

Si certains réussissent à être aux côtés de leur famille, le travailleur social Jean Gareau souligne qu’un évènement perturbant vécu sur le terrain peut créer un trouble de stress post-traumatique. Une charge de travail s’ajoute alors pour l’autre partenaire. D’après la charte des anciens combattants, les victimes évitent souvent les gens, les situations ou les évènements qui rappellent le traumatisme. « Elles s’efforcent souvent de ne pas penser à ce qui s’est passé, de ne pas en parler et elles cherchent à se prémunir contre les émotions pénibles liées aux souvenirs. »

Dans le cadre familial, l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail secteur Affaires municipales (APSAM) explique que les victimes perdent leur intérêt à participer aux activités. Les membres de la famille voient alors le père, le mari, se détacher peu à peu, ce qui peut mener à des conflits conjugaux.

Il y a deux types de traumatisme, souligne M. Gareau. Le « complexe », qui expose la personne de manière répétée à une situation perturbante, ou une seule exposition, comme une amputation à la suite d’un accident. L’autre type, le vicariant, est lorsque l’évènement est arrivé à un proche.

Pour ces victimes, il existe une organisation de soutien pour les métiers à risques élevés qui connaissent des symptômes. La Vigile offre plusieurs types de services psychologiques tels qu’une ligne d’aide, un accompagnement et des chambres pour prendre « un pas de recul ».

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