Un passeport et une chirurgie: bienvenue dans le monde du tourisme médical

Certaines procédures, comme la chirurgie bariatrique, ont des délais d’attentes extrêmement longs. (Photo: Julie Pellerin)
Lorsque les listes d’attente s’éternisent dans les services médicaux et que la somme à débourser pour une chirurgie au secteur privé est trop élevée, plusieurs patients se tournent vers le tourisme médical. Que ce soit pour des procédures esthétiques ou de santé, aller dans un autre pays pour se faire traiter comporte cependant son lot de défis.
« Le tourisme médical est un terme très large qui englobe autant les gens qui quittent le pays que les gens qui visitent le Québec dans le but de recevoir des soins », explique la médecin spécialiste en chirurgie plastique, Valérie Gervais.
Pour 2025, la Medical Tourism Association (MTA) prévoit que 432 000 Canadiens vont aller chercher des soins à l’étranger.
Plusieurs raisons expliquent cet afflux de touristes médicaux provenant du Canada, mais la plus importante reste les grandes économies que peuvent faire les patients en ayant recours à des services à l’étranger.
« Mets la monnaie dans ma main »
Puisque certaines chirurgies, comme les greffes de cheveux, ne sont pas couvertes par les régimes d’assurances maladie provinciaux, les patients doivent se tourner vers le secteur médical privé canadien qui demeure beaucoup plus cher que celui d’autres pays.
Par exemple, selon la technique utilisée, l’Institut de greffe de cheveux du Québec peut exiger entre 8 900$ et 9 900$ pour une greffe capillaire. De l’autre côté, Medik-Air offre un forfait comprenant le transport entre Québec et Istanbul, l’hébergement et la procédure pour 4 500$.
Ce sont l’expertise et les standards médicaux canadiens plus élevés qui pourraient expliquer cette différence drastique de prix. La Dre Valérie Gervais explique que ce ne sont pas tous les médecins à l’étranger qui sont formés dans les domaines dans lesquels ils opèrent. « On peut penser à des chirurgiens généraux qui vont prodiguer des soins de chirurgie esthétique. »
« Je ne veux pas généraliser, mais on sait qu’il y a certains milieux dans d’autres pays qui ont des obligations sanitaires qui sont moins grandes que celles qu’on a en Amérique du Nord », explique-t-elle.
La seule chirurgienne au Canada à offrir une procédure esthétique d’allongement de membres, la Dre Marie Gdalevitch, témoigne également de cette réalité. Elle explique que les clous auto-allongeurs, technologie au centre de l’opération, coûtent près de 30 000$ à l’unité, et que la chirurgie complète s’élève à 96 000$. « Pour éviter ces frais-là, ils vont aller se faire allonger en Turquie avec des techniques plus archaïques », ajoute-t-elle.
Un enjeu pour les touristes médicaux devient ainsi de trouver une clinique qui détient une bonne réputation pour éviter les complications.
Mise en relation
Selon un article de The Telegraph publié en novembre 2025, les pays les plus convoités pour du tourisme médical sont la Turquie, la Thaïlande, l’Inde et Cuba.
Des agences d’accompagnement naissent donc au Québec pour mettre en relation des cliniques étrangères avec des personnes en attente de traitement.

Claudia Chassé croit que le choix d’une clinique reconnue internationalement est crucial dans le tourisme de médecine. (Photo : courtoisie)
« C’est facile de se perdre dans toutes les offres, surtout à Istanbul. Mon rôle, c’est vraiment d’informer sur les bases », explique la présidente et fondatrice de Médik-Air Canada, l’une de ces agences d’accompagnement spécialisées dans les greffes de cheveux en Turquie, Claudia Chassé.
Bien qu’elles n’aient pas d’expertise médicale, ces agences s’assurent de faire les suivis et de s’assurer que les patients respectent les recommandations émises par les cliniques lors de leur retour au pays. « Puisqu’on est sur le même fuseau horaire, on prend la photo du patient, on l’envoie à la clinique en Turquie. La clinique va nous informer de quoi faire, et on transfère le message au patient », conclut-elle.
Moralement questionnable ?
Néanmoins, le tourisme médical reste une pratique assez contestée. Le professeur agrégé du Département de médecine sociale préventive de l’École de santé publique de l’Université de Montréal (EPSUM), Vincent Couture, affirme que si certaines personnes vont ailleurs pour que leur processus médical aille plus vite ou pour sauver de l’argent, ça va « créer un système à deux vitesses. »

Le professeur agrégé à l’Université de Montréal Vincent Couture a réalisé de nombreux travaux sur le tourisme de médecine. (Photo: courtoisie)
Il ajoute que dans plusieurs cas, les personnes pratiquant ce type de tourisme vont dans des pays plus défavorisés et « montrer leurs gros billets » et que dans ce cas, ce ne serait pas une bonne pratique du tourisme médical.
« La procréation assistée, les gens qui vont en Suisse pour mettre fin à leur jour ou des déplacements pour des interventions expérimentales » sont des situations qui pourraient être jugées plus éthiques selon le professeur.






