L’espoir après la tragédie : le parcours des grands brûlés

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Personne assise avec les bras découverts au soleil

Le laboratoire en culture de peau LOEX a développé une nouvelle technologie : la greffe de peau bilamellaire. Elle permet la reproduction non pas d’une seule couche de peau mais de deux. Cette technique permet de réduire les soins de retouches après la greffe. (Photo : Mathilde Bellon)

Au cours de leur parcours, les grands brûlés subissent de nombreuses greffes pour recouvrir leurs brûlures : un processus long et difficile. Il y a quelques années les chances de survie étaient faibles. Aujourd’hui, grâce à l’évolution des technologies et à un accompagnement, l’espoir existe pour ces « miraculés ».

Deux jours avant Noël 2023, la vie d’André Laforest a basculé. Alors que l’Almatois allumait un feu dans son poêle, la bouteille d’hydrate de méthyle débouchonnée qu’il tenait lui a explosé entre les mains et son corps a littéralement pris feu. Il a été transporté jusqu’à Québec et est resté deux mois et demi dans le coma. Le bilan de l’accident est lourd : 68% de sa surface corporelle est brûlée du troisième au quatrième degré.

Les médecins sont épatés de son rétablissement. « Ils m’ont dit : “On faisait des greffes mais on pensait que ça allait servir à rien parce qu’on était sûr que vous ne passeriez pas à travers” », raconte-t-il, l’émotion dans la voix. Ce qui l’a sauvé, ce sont probablement ses conditions physiques : « J’avais une santé de fer puis j’étais non-fumeur alors j’avais tous les atouts de mon bord. »

De nouvelles technologies

Chaque année dans le monde 180 000 personnes décèdent des suites de brûlures graves (20 à 30% de la surface corporelle) selon l’OMS. « À l’association, on a des personnes qui sont brûlées jusqu’à 97% de leur corps, affirme la présidente de l’association des grands brûlés de Québec F.L.A.M., Rosanne Reaume. On peut survivre grâce aux nouvelles technologies ». M. Laforest en a bénéficié.

Au Québec, il existe deux centres d’expertise pour grands brûlés, un à Montréal et un à Québec où se trouve aussi le LOEX, un laboratoire de culture de peau. Cette technique utilise des cellules de tissu cutané du patient et permet de réaliser des greffes. « L’urgence est de recouvrir le grand brûlé, déclare Mme Reaume. Ce n’est pas une question d’esthétique mais d’être fonctionnel. »

C’est une avancée majeure pour les grands brûlés. Quand l’association est née en 1984, la culture de peau n’existait pas. Les chances de survie des personnes atteintes de brûlures graves étaient donc bien moins grandes. « Lorsqu’une personne était brûlée en haut de 40%, c’était la mort imminente », relate Rosanne Reaume.

Façade de l'association des grands brûlés de Québec F.L.A.M.

Mme Reaume sait que les victimes qu’elle côtoie au sein de l’association F.L.A.M. dont elle est la présidente, sont « au meilleur endroit avec les meilleurs techniciens » comparativement à ce qu’elle a vu et vécu dans le passé. (Photo : courtoisie)

Une autre époque

Mme Reaume, elle-même atteinte de brûlures, a été greffée avec la peau provenant d’autres parties de son corps : « Une partie de mon ventre a reconstruit mon épaule et des parties de mon dos sont sur mes cuisses », explique-t-elle. Cette technique anciennement utilisée créait des cicatrices sur des parties du corps initialement non-touchées.

« À mon époque, ils avaient peur de la médication alors il y avait peu de coma provoqué », s’exprime la présidente de l’association F.L.A.M. Elle n’a donc jamais été dans le coma, seulement en anesthésie générale. Or, le coma permet de manipuler plus facilement la personne pour faciliter les greffes et retirer sans douleur le surplus de peau qui empêche la guérison (débridement).

Il y a une quarantaine d’années, les grands-brûlés étaient seulement plongés dans des bains de sel pour débrider leur peau.

Traverser sa vie en tant que grand brûlé

Rosanne Reaume a subi son accident à l’âge de quatre ans. Ses cicatrices ont évolué avec elle au cours des grandes étapes de sa vie.

Rosanne Reaume souriante assise à son bureau

« Mes cicatrices sont là et je vais mourir avec mais maintenant j’en suis fière », déclare Mme Reaume, le sourire aux lèvres. (Photo : Courtoisie)

Cette dernière a subi des greffes jusqu’à ses 30 ans. « Quand tu es jeune, tu rêves juste de ne plus avoir tes brûlures. Je serai allée au bout du monde pour ne plus les avoir. »

De nombreux « deuils » sont à faire lorsque l’on vit un tel accident. L’un d’eux est la perte ou le changement d’emploi. « J’ai recommencé à travailler progressivement, avoue André Laforest dont l’employeur a tenu à le garder. C’est valorisant, ça me fait voir du monde. »

André Laforest accoudé à un arbre dans une forêt enneigée

Avant son accident, André était livreur pour une quincaillerie, aujourd’hui, il occupe un poste de répartiteur pour la même entreprise. (Photo : Courtoisie)

Regard des autres ou regard de soi

Bien que le regard des autres soit difficile à accepter pour les personnes atteintes de brûlures, parfois, leur pire ennemi reste elles-mêmes.

André et Rosanne rigolent lorsque cette dernière lui demande : « On vous demanderait d’aller à la plage demain ? ». M. Laforest répond négativement. Pour lui, il n’est pas question de montrer ses cicatrices. « Je fais du bateau ponton, mais habillé », s’exclame-t-il.

Maquillage disposé sur une table devant un miroir

Des activités et des services de massothérapie ou de maquillage correctif sont proposés par l’association F.L.A.M. pour accompagner et aider les grands brûlés à reprendre confiance en eux. (Photo : Mathilde Bellon)

L’acceptation des cicatrices est un long processus mais M. Laforest est positif : « Puisque je suis en vie, j’ai pris ça du bon côté », déclare-t-il reconnaissant.

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