Vivre fièrement malgré tout : parcours de jeunes gays face à l’intolérance qui remonte

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Edward Gauthier et Charles-Étienne Gendron espèrent que les écoles feront plus de sensibilisation pour diminuer l’intolérance envers les minorités. (Photo : Edward Gauthier et Charles-Étienne Gendron)

« C’est de pire en pire la haine envers la communauté LGBTQ+. On est en 2025 et ça ne s’améliore pas », raconte Edward Gauthier. Lui et Charles-Étienne Gendron, des jeunes homosexuels de 20 et 26 ans, vivent de plus en plus de situations homophobes au quotidien. Ils ont dénoncé cette tendance d’intolérance sur les réseaux sociaux en espérant faire changer les choses.

Des données qui confirment un recul inquiétant

De nombreux organismes voient l’intolérance délibérée et assumée monter. Dans son rapport annuel, l’organisme Interligne qui offre des services d’aide pour la communauté LGBTQ+ a noté une hausse de 110 % d’appels concernant de l’intimidation envers une personne de la minorité. Ces données concordent avec celles de Statistique Canada et de Gris-Montréal. Dans sa plus récente analyse, l’organisme fédéral a noté que les crimes haineux ciblant une minorité sexuelle ont augmenté de 69 % en 2023. De plus, le rapport de GRIS-Montréal montre une gêne de plus en plus marquée chez les jeunes à l’égard de l’homosexualité.

Les histoires silencieuses derrière les statistiques

« C’est la tapette de TikTok. C’est un criss de fif ». Ce sont les insultes qu’Edward Gauthier, un jeune de 20 ans, a reçues lors d’un spectacle au Festival d’été de Québec l’été dernier. Edward tentait de retrouver ses amies dans la foule lorsqu’un groupe d’adolescents lui ont crié des insultes. Sur le coup, Edward a figé. Il ne savait pas quoi faire ni quoi dire. « J’étais totalement sous le choc. Je ne m’attendais pas à ça. En plus, j’étais tout seul, donc je ne savais pas quoi faire », explique le jeune. Ce n’était toutefois pas la première fois qu’Edward était victime de comportements homophobes dans les dernières années. Autant sur les réseaux sociaux que dans des endroits publics, il reçoit des commentaires comme « trouve Jésus », « trouve la voix de Dieu », « meurt » ou « t’es dégueulasse ».

« Même si je m’assume pleinement, des commentaires comme ça, ça vient te chercher », ajoute Edward. (Photo : Edward Gauthier)

« Même si je m’assume pleinement, des commentaires comme ça, ça vient te chercher », ajoute Edward. (Photo : Edward Gauthier)

Ces paroles l’ont beaucoup affecté. « C’était vraiment dur pour le moral. Je ne voulais plus sortir. Je me disais : pourquoi sortir si je reçois des commentaires comme ça. Je me sentais vraiment différent », dit-il. Sa famille et ses amies l’ont toujours écouté et réconforté. « Sans eux, je n’aurais pas pu passer à travers. »

Depuis qu’il a assumé son orientation sexuelle à 18 ans, Charles-Étienne Gendron a vécu plusieurs situations d’intolérance. Au secondaire, les vestiaires et les voyages d’école étaient souvent des lieux de malaise, marqués par des regards insistants ou des attitudes de rejet. À 26 ans, Charles-Étienne dit être confronté à une hausse marquée d’incidents intolérants visant son orientation sexuelle.

Depuis ces évènements, Charles-Étienne est prudent envers les hommes, même avec les copains de ses amies. (Photo : Charles-Étienne Gendron)

Depuis ces évènements, Charles-Étienne est prudent envers les hommes, même avec les copains de ses amies. (Photo : Charles-Étienne Gendron)

En avril 2024, dans un spa de Québec, un homme l’a arrêté à l’entrée du vestiaire en lui demandant s’il avait « bien regardé le sexe du vestiaire avant d’entrer ». Charles-Étienne est resté sans voix, ne sachant pas comment réagir tellement il était bouche bée. Un an plus tard, c’est au gym qu’il a été la cible d’un groupe de jeunes dans la vingtaine. Ricanements, chuchotements et regards répétés dès que Charles-Étienne apparaissait. Il était devenu si inconfortable qu’il a changé son horaire d’entraînement. Il voulait éviter de les croiser à nouveau. Ces évènements ont ravivé de mauvais souvenirs. Des moments où il n’était pas bien dans sa peau.

Mieux éduquer pour mieux protéger

L’intimidation liée à l’orientation sexuelle laisse des conséquences psychologiques et sociales profondes. Selon Éric Morissette, chercheur et enseignant des fondements de l’éducation à l’Université de Montréal, elle fragilise l’estime de soi, peut entraîner de l’anxiété, la dépression ou des pensées suicidaires. « À l’école, la peur écrase le sentiment d’appartenance et la motivation. Un élève qui ne se sent pas en sécurité n’a tout simplement pas les capacités cognitives pour apprendre », mentionne Éric Morissette. Cette détresse se répercute alors sur la réussite scolaire, la poursuite des études et sur le parcours professionnel.

Éric Morissette, chercheur en fondements de l’éducation à l’Université de Montréal, ajoute que certains jeunes adoptent des comportements d’intimidation pour ne plus être la cible. (Photo : Éric Morissette)

Éric Morissette, chercheur en fondements de l’éducation à l’Université de Montréal, ajoute que certains jeunes adoptent des comportements d’intimidation pour ne plus être la cible. (Photo : Éric Morissette)

Selon M. Morissette, il manque de cohérence entre le personnel scolaire et une application rigoureuse des règles de vie pour assurer un climat sécuritaire dans les écoles. Pour mieux prévenir l’intimidation, toute l’équipe-école doit être mobilisée. « Il est primordial de reconnaître les signes, intervenir sans minimiser et enseigner dès le jeune âge comment entrer en relation, gérer les conflits et comprendre la différence », explique le chercheur. Les enseignants sont le meilleur outil pour créer un lien avec les élèves. Ils peuvent agir en amont pour renforcer le sentiment de sécurité pour tous les élèves.

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