Dépendance à la malbouffe : mythe ou réalité?

L’insécurité alimentaire est souvent l’une des raisons pour lesquelles certaines personnes consomment des aliments ultratransformés. Plus le prix est bas, plus ces produits sont accessibles aux consommateurs. (Photo : Jérémie Bélanger)
Contrairement à la croyance populaire, il n’existe pas, médicalement parlant, de dépendance aux aliments ultratransformés. Plusieurs personnes confondent leurs comportements alimentaires, comme une envie momentanée de nourriture malsaine, communément appelée « craving », avec d’autres dépendances, comme celles à la drogue ou l’alcool.
Ce qui différencie une supposée dépendance aux aliments hautement transformés d’une dépendance à la drogue est important. La nutritionniste-diététiste Myriam Beaudry explique « si on mange des Doritos pendant une semaine, inévitablement, on va être tanné d’en manger ». Or, on ne se lasse pas des drogues dures. La personne est toujours à la recherche d’une dose plus élevée afin de retrouver un effet agréable lors de sa consommation.
Mme Beaudry explique les différents comportements qui peuvent s’apparenter à une dépendance. « Il y a cet aspect, au niveau du diagnostic : il faut qu’il y ait une atteinte au fonctionnement dans la vie de tous les jours. Il y a également des symptômes de sevrage. La personne essaie d’arrêter; lorsqu’elle arrête, ça ne fonctionne pas : elle va avoir des manifestations psychologiques et physiques de sevrage. » Avec la malbouffe, il n’y a pas de sevrage.
Lorsqu’on parle de malbouffe, il n’y a pas de dépendance, mais plutôt un travail à faire sur le rapport à l’alimentation ainsi que sur la variété des aliments et des nutriments.

Myriam Beaudry croit que « tous les aliments ont une place dans notre alimentation. La dose et la fréquence de certains aliments peuvent être problématiques » (Photo : courtoisie)
La nutritionniste souhaite apporter une nuance quant à l’impact sur le cerveau. Les aliments riches en gras, en sel et en sucre, qui améliorent la texture et la saveur, entraînent une sécrétion de dopamine dans le cerveau. Elle explique que, pendant longtemps, des études montraient que c’était la même zone du cerveau qui était activée lorsqu’une personne consommait de la malbouffe et de la cocaïne. Myriam Beaudry nuance cette croyance populaire. Elle précise qu’effectivement, le circuit de récompense est activé dans les deux cas, mais pas à la même intensité.
En plus d’avoir un lien direct avec le cerveau, une étude réalisée auprès de 15 000 participants entre 2021 et 2023 démontre que la malbouffe a un impact direct sur la santé mentale de certains individus.

(Crédit : Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec)
Mieux comprendre nos comportements alimentaires
Pour contrer les habitudes de consommation de malbouffe, certaines personnes ont recours à une diète restrictive. La nutritionniste-diététiste Caroline Cloutier explique les problématiques liées à une diète comme celle-ci.
- Manger en dessous de ses besoins. Lorsque l’apport calorique est insuffisant, le corps réclame rapidement des aliments riches en sucre et en gras. En fin de journée, les signaux de faim se font plus pressants, et les croustilles ou les repas rapides deviennent des choix particulièrement attirants.
- L’interdit est plus attirant. Le constat est le même pour les deux nutritionnistes : une personne qui se restreint davantage aura fort possiblement plus de tentation. « Plus on se contrôle, plus je risque de perdre le contrôle à la fin de la journée », illustre Caroline Cloutier.
- Manger comme si c’était la dernière fois. Se fixer des limites rigides peut alimenter un cycle sans fin. Une personne qui s’autorise un seul biscuit, puis en mange un deuxième, peut rapidement abandonner toute retenue, persuadée d’avoir déjà « dépassé sa limite ». Cette logique du tout ou rien amène davantage d’excès.
Mme Cloutier apporte aussi une nuance quant à la différence entre manger par faim et manger par envie. Le fait de manger par faim entraîne des effets psychologiques, tandis que l’envie de manger se joue davantage au niveau des pensées. Caroline Cloutier explique que quelqu’un qui résiste à une barre de chocolat verra son envie augmenter, mais pas nécessairement sa faim. « Le fait de résister fait en sorte que plus l’envie persiste, plus elle devient obsessionnelle. »
L’option plus saine serait de manger seulement une partie de la barre de chocolat pour combler le « craving » et ainsi contrôler la quantité d’aliments ultratransformés consommés.






