Témoigner après avoir subi des violences sexuelles dans l’armée

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Portrait de la vétérane des forces armées canadiennes Annie Bonin

Le témoignage de la vétérane des forces armées canadiennes Annie Bonin a ému la salle le 8 mars. (Photo : Léa Morin-Letort)

Annie Bonin, vétérane des forces armées canadiennes, a partagé son parcours de femme dans un milieu d’hommes lors de la Journée internationale des droits des femmes. Sa conférence, portant entre autres sur les violences sexuelles qu’elle a subies, était organisée à Larouche par l’Association féministe d’éducation et d’action sociale (Afeas) régionale, dont Mme Bonin en est la vice-présidente. 

« Le viol, ce n’est pas une relation sexuelle », revendique la vétérane. Après s’être enrôlée en 1996, elle a pris conscience de son traumatisme en 2021, à la lecture du recours collectif contre l’armée canadienne déposé en 2016. Au départ, sept personnes ont partagé leur histoire dans le cadre du recours collectif. Finalement, « plus de 26 000 personnes ont témoigné avoir subi des inconduites sexuelles. J’en fais partie. » 

À la suite de ces révélations, Mme Bonin a vécu des symptômes de stress post-traumatiques graves avec des pensées suicidaires fortes. Elle a eu recours aux services de santé de l’armée, mais les traitements n’étaient pas adaptés pour soigner des traumatismes liés aux violences sexuelles. « Ils ont empiré ma santé mentale », ce pour quoi elle s’est tournée vers le privé et qu’elle a mis « trois ans à s’en remettre ». 

Un parcours semé d’embûches

Durant ses 25 ans de carrière dans l’infanterie, Annie Bonin a observé « comment en tant que femmes, on n’était pas considérées ». Elle se souvient avoir négocié pour obtenir ses droits. Elle a dû attendre un an pour accéder aux emplois plus gradés pour lesquels elle s’était formée et recevoir le salaire adéquat, contrairement à ses collègues masculins. « Être sergent, c’est un grade qui m’a plu parce que c’est comme si j’étais devenue quelqu’un et que là on m’écoutait quand je parlais. » 

La vétérane a rappelé que son témoignage est personnel et qu’elle se sent reconnaissante d’avoir occupé ce métier qu’elle a choisi, malgré les obstacles rencontrés. Sa prise de parole lui permet « de boucler la boucle de sa propre expérience et que ça fasse du sens » pour les gens. Les 165 personnes présentes lors de l’événement se sont spontanément levées pour l’acclamer, en pleurs pour certaines. 

Portrait de la coordinatrice de l’Afeas régionale, Guylaine Maltais.

La thématique annuelle au Québec de la journée internationale des droits des femmes est « Génération deboutte! », explique la coordinatrice de l’Afeas régionale, Guylaine Maltais. (Photo : Léa Morin-Letort)

Les violences sexuelles peuvent « arriver à n’importe qui et dans n’importe quel domaine », souligne la coordinatrice de l’Afeas régionale, Guylaine Maltais, qui s’est dite touchée par la conférence de Mme Bonin. « Je pense à mes deux petites-filles et mes filles, à comment ça sera plus tard », ajoute-t-elle. Avec la montée des mouvements masculinistes auprès des jeunes générations, « on a peur de reculer » en termes d’accès à l’avortement par exemple. C’est pour cela que « c’est important de ne pas lâcher » les luttes pour les droits des femmes. 

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