Entre deux mondes : l’histoire d’une quête identitaire

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Plusieurs pays ont fermé leurs portes à l’adoption internationale. (Photo : libre de droit)

Noémie (nom fictif) a été adoptée en Haïti alors qu’elle n’avait pas encore un an. Elle a grandi avec des parents blancs, sur la Rive-Sud de Montréal et au Saguenay. Elle connaît l’histoire d’Haïti par cœur, même si elle n’y est jamais retournée depuis son adoption. Selon des expertes, ce désir de connaître ses origines fait partie des nombreuses formes de quête identitaire. 

Noémie est née à Port-au-Prince. À 10 mois, ses parents adoptifs l’ont rencontrée à l’orphelinat.  

Au secondaire, son cercle d’amis noirs s’est élargi. « Je vois que j’ai été élevée par des Blancs, simplement par ma manière de parler, de réfléchir, par des actions que je fais… je leur ai raconté que ma mère me laissait aller dormir chez des amis. Dans une famille haïtienne, tu ne fais pas ça, aller dormir chez des gars ! » 

Au moment du séisme de 2010 en Haïti, Noémie avait sept ans. « Ma mère m’achetait des cahiers sur ce pays, mais c’était la première fois que je voyais des images de mon pays en direct. Je me suis dit qu’il fallait que j’en apprenne plus, a-t-elle exprimé. Aujourd’hui, c’est tout moi ! Je suis abonnée à des pages, j’aime découvrir des artistes haïtiens. » 

Une quête culturelle 

Même si la jeune femme fait les pas par elle-même, des connaissances ont alimenté son parcours. Elle a raconté cette fois où une date lui a fait goûter des pâtés haïtiens. « Un an avant, je me suis fait niaiser parce que je n’en avais jamais mangé. Ça m’avait vraiment insultée. Chaque pas qui me fait découvrir ma culture me fait plaisir, me rend heureuse, me permet de me reconnecter avec mes origines. » Aujourd’hui, l’histoire de son pays n’a plus de secret pour elle. « Avant tout, ce que les gens voient, c’est une personne noire. » C’est ce qu’elle a remarqué au travail. 

La jeune femme a l’impression que ses parents adoptifs étaient parfaits pour elle. « Ma mère était orthopédagogue et elle a déjà été une famille d’accueil pour les trisomiques et autistes. Mon père était médecin. Pour eux, chaque problème avait une solution. » Pour cette raison, Noémie ne voit pas l’intérêt d’aller à la rencontre de ses parents biologiques. 

Une histoire propre à chacun  

Ce genre de décision n’est pas atypique pour une personne adoptée. Selon la travailleuse sociale Sara Séguin-Baril, le discours qui dit que toutes les personnes adoptées vivent une crise identitaire est faux. « Dans mes interventions, je sens cette pression chez mes clients, qui pensent que c’est une étape obligatoire pour tous, a-t-elle soulevé. Pourtant, comme Noémie, cela peut seulement concerner la culture. D’autres ne vont tout simplement jamais s’intéresser à leurs origines ! ». Elle-même adoptée au Mali, elle explique que retourner dans son pays était simplement la suite logique des choses pour elle. 

D’après un rapport publié en 2025 par le ministère de la Santé et des Services sociaux, le Québec a accueilli 35 enfants de 13 pays, en 2024. C’est un enfant de moins qu’en 2023. Un autre rapport sorti en 2002 par le même ministère indique qu’en 2000, le Secrétariat à l’adoption internationale dénombrait 697 adoptions, dans 41 pays. 

Être bien entouré 

La chercheuse postdoctorale Johanne Thomson-Sweeny a fait sa maîtrise, son doctorat et réalise son postdoctorat sur plusieurs angles de ce sujet. Selon celle qui travaille également pour l’organisme l’Hybridé, à Montréal, c’est en région que le vécu pourrait être plus difficile, à cause des différences physiques. « Ces personnes peuvent se sentir étrangères, ne pas se voir chez les autres. Ça peut mettre la lumière sur le fait qu’elles ont été adoptées. »  

L’Hybridé est en attente de financement pour continuer à offrir ses services. Johanne Thomson-Sweeny, PhD, chercheuse postdoctorale à l’Université McGill à l’École de travail social. (Photo : Courtoisie)

Pour ces personnes qui souhaitent voyager dans leur pays, il est possible d’assister aux ateliers « Retour aux origines », offert par l’organisme montréalais. Selon la chercheuse, il est important d’avoir accès à un soutien psychologique, financier, émotionnel, etc., puisque des « chocs culturels, linguistiques et socio-économiques peuvent être vécus. » Les deux professionnelles mettent l’accent sur le fait que chaque expérience est unique et n’engendre pas les mêmes conséquences ou améliorations chez ces personnes en quête identitaire.  

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