Derrière les portes d’un centre de consommation supervisée

Selon la Source canadienne de renseignements sur le VIH et l’hépatite C (CATIE), 171 900 personnes s’injectaient des drogues au Canada en 2016. (Photo : courtoisie)
« On ne change pas leur vie. On n’a pas de baguette magique », témoigne l’intervenante psychosociale de la clinique SABSA (Service à bas seuil d’accessibilité), Jessica Le Blancq. Dans ce service de consommation supervisée de Québec, la jeune femme reçoit des dépendants dans des conditions plus sécuritaires.
SABSA est une clinique médicale de proximité qui vient en aide aux personnes marginalisées. Elle offre trois types de consommation supervisée : par injection, par inhalation et par voie intranasale. Une limite de temps est accordée à chaque service pour assurer une gestion efficace des espaces. Par exemple, les utilisateurs ont 45 minutes pour une consommation par injection alors que par inhalation, c’est 30 minutes.

Les dépendants n’ont pas le droit de prendre des photos et des vidéos au sein de la zone de consommation. (Photo : courtoisie)
Les intervenantes dans ce milieu jouent un rôle essentiel auprès des visiteurs lorsqu’ils arrivent à la clinique.
« On a quand même beaucoup de règlements. Les gens doivent venir s’identifier, en donnant leur pseudo. On doit savoir ce qu’ils consomment, en quelle quantité, et ce qu’ils ont consommé dans les 24 heures qui précèdent la visite », explique Jessica Le Blancq. Ces informations permettent d’assurer une intervention plus sécuritaire en cas de surdose.
La coordonnatrice de la clinique, Claire Dalmeida, ajoute que l’état émotionnel dans lequel se trouvent les toxicomanes influence fortement leur manière de réagir aux substances. « Si la personne est en colère, si elle a faim, si elle est fatiguée ou si elle est seule, elle aura une réaction différente à chaque consommation. C’est important que nous ayons ces informations-là pour pouvoir l’aider. »
Jessica Le Blancq a également été formée pour enseigner des techniques spéciales liées à la consommation. Elle doit être prête à les assister dans leur injection : placement de la seringue et du garrot, étapes pour une injection sécuritaire et distribution de matériel.

Jessica Le Blancq travaille chez SABSA depuis un an et demi. (Photo : courtoisie)
À la clinique, Jessica et ses collègues sont accompagnés d’un garde de sécurité. « Quelques fois, les toxicomanes peuvent devenir agressifs, mais c’est très rare qu’ils s’en prennent à nous. Les trois-quarts de nos usagers sont des réguliers. »
Créer un espace accueillant
Le lien de confiance entre les dépendants et les intervenants est primordial. C’est ce qui permet d’instaurer une ambiance rassurante à l’intérieur des murs de la clinique.
« Ils sont heureux d’être à une place où ils ne sont pas jugés et où ils se sentent écoutés, déclare-t-elle. Parfois, certains nous remercient, d’autres ne nous regardent pas. On ne peut pas s’entendre avec tout le monde. »
Jessica Le Blancq estime d’ailleurs qu’un service comme cette clinique lui aurait été utile à l’époque où elle consommait. « Ça en prend partout au Québec. Pour travailler dans ce milieu, ça prend un petit vécu funky », lance-t-elle en riant. Ça me fait un beau bagage. Aujourd’hui, je suis capable de me servir de mon passé et d’aider les gens. »
Une hausse des fréquentations
La coordonnatrice de la clinique SABSA, Claire Dalmeida, a dénoté une augmentation de 10 000 visiteurs au cours des deux dernières années au sein de l’établissement. Selon elle, cette hausse est liée à la montée de l’itinérance au Québec.
« Du moment où les personnes sont en situation d’itinérance, elles doivent mettre des moyens en place pour survivre dans la rue, affirme-t-elle. Malheureusement, les substances demeurent un moyen de survivre au froid et parfois d’oublier les difficultés du quotidien.»






