Quand s’informer devient une source d’anxiété

Le phénomène de l’anxiété dû aux nouvelles est souvent lié à la fatigue informationnelle. C’est un état de fatigue mentale causé par la surcharge d’informations. (Crédit : Zélia Letullier)
Aux États-Unis, 45 % des adultes ressentent de l’anxiété une fois par semaine en raison de l’actualité. C’est ce que relève une étude de l’Ohio State University, publiée en 2025. Entre les conflits armés et les tensions politiques, les nouvelles peuvent rapidement devenir une source d’anxiété pour certaines personnes.
« Dans l’anxiété, un des facteurs importants, c’est la notion de ne pas avoir le contrôle. Donc, ce qui se passe dans le monde, on n’a aucun contrôle là-dessus. C’est très difficile à gérer. Les gens anxieux n’aiment pas l’incertitude, la nouveauté, les imprévus, puis c’est ce qui se passe dans l’actualité », explique Amélie Simard, éducatrice spécialisée pour le Groupe de ressources pour le trouble de panique et autres troubles anxieux (G.R.T.P.).
Les tensions récentes au Moyen-Orient n’aident pas à la situation. « Moi, j’entends régulièrement des gens qui me posent la question “est-ce que c’est la troisième guerre mondiale ?” Et les gens sont vraiment inquiets », développe Éric Arseneault, professeur d’actualité en Art et Technologie des médias au Cégep de Jonquière. « Ce qui est plus loin de nous, étant donné qu’on le comprend peut-être un peu moins, c’est peut-être de nature à créer de l’anxiété », rajoute-t-il.
Au G.R.T.P., Amélie Simard affirme que l’anxiété provoquée par l’actualité est un phénomène de plus en plus fréquent. « J’ai quelqu’un présentement pour qui c’est l’une des peurs les plus présentes », précise-t-elle.

En 1979, l’ancien premier ministre René Lévesque a dit les célèbres paroles : « Être informé, c’est être libre. » (Crédit : Pexels)
Avec la technologie qui nous entoure, les nouvelles voyagent rapidement, ce qui peut faire en sorte que nous soyons submergés d’informations. « On voit popper à tout bout de champ les informations et les dernières dépêches », explique M. Arseneault. « Ça peut un peu devenir étourdissant, si on essaye de suivre tout ça, c’est impossible. »
Cependant, malgré l’anxiété que cela peut créer, il est tout de même important de rester informé selon le professeur. « Il n’y a rien de pire que de ne pas être informé. Quelqu’un qui ne sait pas ce qui se passe, il n’est pas capable d’apprécier et de juger lui aussi de la valeur ou de l’importance de ces évènements-là. »
S’informer sans se sentir submergé
Les deux spécialistes s’entendent sur une chose : pour se sentir moins anxieux, il faut consulter l’actualité avec « modération ». Amélie Simard donne l’exemple de se contenter d’écouter les nouvelles le matin et le soir.
M. Arseneault rappelle qu’il est important de faire attention à nos sources. « On le voit à l’heure actuelle, il y a tellement de fausses nouvelles qui circulent, de théories du complot, les deepfakes. On a de la misère à distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux », décrit-il.
Pour lui, diversifier ses sources est important : « parce que même les médias sérieux et crédibles n’ont pas toujours les mêmes angles. Ils vont tous présenter les choses de façon différente. » D’ailleurs, il invite la population à lire des livres, car ils vont généralement plus en profondeur. « Parfois, pour mieux comprendre, il faut avoir du contexte. Il faut avoir du recul et il faut nécessairement de l’histoire derrière ça », explique Éric Arseneault.
L’éducatrice spécialisée mentionne que les médias ont également un rôle à jouer là-dedans. Selon elle, la situation pourrait être améliorée si les journaux mettaient davantage en valeur les nouvelles positives. Elle donne en exemple le segment La Bonne Nouvelle diffusé à TVA. D’après elle, de petites nouvelles positives peuvent contribuer à rendre la journée des personnes plus agréables.






