Santé mentale des jeunes : le besoin de se sentir entouré à l’ère des écrans

Les réseaux sociaux peuvent exposer les jeunes à la comparaison sociale, à la recherche de validation et à la pression de rester constamment disponibles. (Photo: Lucas Radoux)
À l’heure où les écrans occupent une place grandissante dans le quotidien des jeunes, leur impact sur la santé mentale ne se résume pas au nombre d’heures passées devant un téléphone ou un ordinateur. Selon la travailleuse sociale, Anick Bouchard, c’est surtout la manière dont les jeunes utilisent ces outils et la place qu’ils prennent dans leur vie qui mérite d’être examinée.
Pour certains jeunes, le numérique représente un espace où il est plus facile d’entrer en relation. Derrière un écran, il est possible de prendre le temps de répondre, de choisir ce que l’on montre de soi et de limiter son exposition au regard des autres.
« Pour un jeune qui est plus réservé ou qui craint le jugement, cette distance peut rendre l’interaction plus accessible », souligne Anick Bouchard.
Clémence en a fait l’expérience à l’adolescence. Après avoir eu du mal à trouver sa place à l’école, elle s’est tournée vers Discord qui est une application de discussion et d’appel et y a créé plusieurs amitiés. « Je savais leur parler pendant des heures et je me sentais libre avec eux, je n’avais pas de regard sur moi.

(Photo : Lucas Radoux)
Être connecté ne veut pas dire ne plus être seul
Les relations numériques peuvent donc répondre à un véritable besoin de lien social. Mais cette connexion permanente ne suffit pas toujours à faire disparaître la solitude.
Clémence témoigne : « Je pouvais parler toute la soirée sur Discord et, après, me sentir quand même seule. C’était bizarre parce que j’étais restée en appel super longtemps, mais je me sentais quand même seule. »
Pour Anick Bouchard, cette situation illustre une distinction importante entre être connecté et être entouré. Les interactions numériques peuvent procurer du soutien émotionnel, de la reconnaissance ou un sentiment d’appartenance, sans nécessairement répondre à tous les besoins relationnels.
Quand le numérique devient une façon d’éviter
Cette ambivalence se retrouve également dans les recherches de Christine Lavoie. Son travail sur l’utilisation problématique d’Internet chez les adolescents québécois montre notamment que certains jeunes peuvent utiliser Internet pour oublier, éviter ou gérer des difficultés vécues dans leur quotidien. Cette utilisation compensatoire peut être associée à différentes vulnérabilités psychologiques, notamment l’anxiété.
« Ce qui serait préoccupant, ce serait davantage de voir que le numérique commence à remplacer des activités ou des relations qui étaient significatives pour lui, plutôt que de les compléter », estime Anick Bouchard.

(Photo : Lucas Radoux)
Une question d’équilibre
Les réseaux sociaux peuvent exposer les jeunes à la comparaison sociale, à la recherche de validation et à la pression de rester constamment disponibles. Selon Anick Bouchard, ces mécanismes peuvent affecter l’anxiété et l’estime de soi. Il faut donc s’intéresser moins au temps passé en ligne qu’à la manière dont les jeunes utilisent les réseaux et aux effets que cela peut avoir sur leur quotidien.
Les écrans ne remplacent donc pas nécessairement les relations en personne. Pour de nombreux jeunes, les deux se complètent désormais. Pour Anick Bouchard l’enjeu apparaît plutôt lorsque la connexion virtuelle devient le principal moyen de gérer la solitude, l’anxiété ou les difficultés relationnelles.
23






